jeudi 5 février 2009

Le massacre de Jenine 2002

Un énorme bulldozer de fabrication japonaise entame la destruction d’un immeuble de trois étages qui menacede s’écrouleret d’où pendent quelques vêtements d’enfants. A l’extérieur, cachée derrièreune pancarte en plastique installée par la municipalitépour éloigner les curieux, la propriétaire des lieux regarde le bulldozer en sanglotant amèrement eten se cachant le visagederrière ses doigts ridés.Son visage se tord, comme si c’était son propre corps que le bulldozer abattait. Hind Awwas est mère dedix enfants. Unecentaine de soldats ont fait irruption dans sa maison, explique-t-elle. Ils sont restés cinq jours et ont tout détruit.C’estl’un des épisodes scandaleux de l’opération Rempart. Selon tous les témoignages, les soldatsont agi avec sauvagerie et sansjustification. Ils parlaient grossièrement, détruisaient tout, inscrivaient les noms de leurs unitéssur les murs, volaientl’argent et les biens de valeur. Les habitants arrêtés pour interrogatoire parlent de conditions humiliantes: ils étaientobligés de se coucher à même le sol des journées entières, ne pouvaient garder que leurssous-vêtements, tandis que leursmains étaient liées, et les Israéliens les frappaient.
Les soldats qui ont investi la maison de Hind Awwas ont demandé aux habitants de quitter les lieux. Awwas a refusé:elle n’avaitnul endroit où se réfugier, tandis que l’on tirait dehors. Les soldats se sont d’abord contentésdes deux étages supérieursavant de réitérer, le lendemain, leur ordre d’évacuation. Awwas a de nouveau refusé. Un soldats’est emparé de son neveu,un enfant d’un an et demi, l’a coincé sous son bras et, avec l’autre main, lui a placé un pistoletsur la tempe. Dans un arabeapproximatif, il a menacé de tuer l’enfant si les gens n’évacuaient pas les lieux. Alors, elle s’estenfuie avec les enfants.
Ce n’était pas un officier, dit-elle, mais elle ne pourrait pas le reconnaître. Comme tous les soldats,il s’était recouvertle visage de peinture noire, peut-être pour éviter toute identification qui pourrait le conduire devant un tribunalchargéd’instruire des crimes de guerre. Mais elle se rappelle l’unité : les soldats ont peint un graffiti noiraux armes de l’unitéd’infanterie des Golani. Avant de quitter la maison, ils y ont mis le feu.Le bulldozer municipal continue son travail de sape. Awwas se met à insulter Ariel Sharon, George Bush et le mondeentier,coupable de rester silencieux. Elle se dit fière du courage des combattants du camp, qui ont essayé d’arrêterles envahisseurs,ainsi que de la municipalité, qui s’active pour réintroduire un semblant de vie normale. Avant d’envoyerses équipes de réfectiondans le camp, la municipalité avait tout d’abord envisagé de le laisser en l’état, comme unmonument de la honte. Cependant,la plupart des sans-abri voulaient retourner chez eux et on trouvait parmi eux de nombreux anciens habitants d’Haïfaet deses environs, qu’ils avaient fui en 1948. En attendant que leurs maisons soient reconstruites, ils vivront sous des tentes.“Ce sera le premier camp de tentes du XXIe siècle”, affirme un fonctionnaire palestinien.C’est une histoire sale et cruelle. Le nom que l’on peut lui donner n’a pas tellement d’importance. Onpeut oublier le terme“massacre” ou considérer que tout meurtre de civils est un massacre, quels que soient le nombre des tuéset les circonstances.Mais le plus important, c’est l’énergie déployée pour reconstruire le plus vite possible lesmaisons détruites. Parce que,une chose est sûre : dans six mois, la pluie reviendra.
Tout un site ne suffirait pas à rapporter les horreurs pépetrées à Jénine.Cliquez sur cette url pour prendre connaissance du rapport complet de Human Right Watch sur Jénine:
The full report of Human Rights Watch on Jenin

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