Nous devons évidemment tous supporter WikiLeaks et son fondateur et porte-parole Julian Assange qui, dans cette sale guerre menée dans le monde entier par des États contre la transparence et la franchise, vient d’être arrêté en Grande-Bretagne.
Mais, dans le monde de la politique, les choses ne sont malheureusement jamais aussi innocentes qu’elles n’y paraissent. Selon de nouvelles révélations, avant le dernier « câble gate » Assange auraient conclu avec Israël un accord qui pourrait expliquer pourquoi, d’après le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, les fuites « étaient bonnes pour Israël ».
Quelques commentateurs, en particulier en Turquie et Russie, se demandent pourquoi les centaines de milliers de documents confidentiels divulgués par le site le mois dernier ne contiennent rien qui puisse embarrasser le gouvernement israélien, comme à peu près tous les autres États auxquels se réfèrent les documents.
La réponse semble être un accord secret, conclu entre le « cœur et âme » de Wikileaks, tel que s’est humblement décrit une fois Assange lui-même (1), et des responsables israéliens, qui assurait que tous ces documents seraient « enlevés » avant de rendre public les autres.
Selon un site Internet arabe de journalisme d’investigation (2), Al-Haqiqa ( la vérité), Assange a reçu de l’argent de sources israéliennes semi-officielles, et, lors d’un arrangement secret enregistré sur vidéo, leur a promis de ne publier aucun document pouvant nuire à la sécurité ou aux intérêts diplomatiques d’Israël.
Selon les sources de l’article d’Al-Haqiqa, dans les tout derniers mois, devant le « leadership autocratique » et le « manque de transparence » d’Assange, d’anciens volontaires de Wikileaks ont quitté l’organisation.
Lors d’une interview récente accordée au quotidien allemand Die Tageszeitung, l’ancien porte-parole de Wikileaks Daniel Domscheit-Berg a déclaré que lui et d’autres dissidents de Wikileaks s’apprêtent à lancer leur propre tribune de divulgation pour réaliser l’objectif initial de Wikileaks, de partage de fichiers sans limites. (3)
M. Domscheit-Berg, qui est sur le point de publier un livre sur sa vie « à l’intérieur de Wikileaks, » accuse Assange d’agir comme un « roi, » contre la volonté des autres membres, en passant avec des organismes médiatiques des accords qui visent à créer un effet explosif, dont les autres de Wikileaks ne savent pratiquement rien ou rien du tout. (4)
Par ailleurs, les initiés ajoutent que le vif intérêt d’Assange envers les scoops à gros titres signifie que Wikileaks n’est pas en mesure de se « restructurer » pour s’occuper de nouveaux intérêts particuliers. C’est-à-dire que de petites fuites pouvant avoir de l’intérêt pour des gens à un niveau local, sont actuellement négligées par égard aux grosses affaires. (5)
Selon les sources d’Al-Haqiqa, Assange a rencontré des responsables israéliens à Genève plus tôt cette année et a conclu le pacte secret. Le gouvernement d’Israël a semble-t-il en quelque sorte découvert ou s’attendait à ce que soient ébruités un grand nombre de documents concernant les attaques israéliennes au Liban et à Gaza, respectivement en 2006 et 2008-9. Les sources ont ajouté que ces documents, qui provenaient dit-on principalement des ambassades américaines de Tel-Aviv et Beyrouth, auraient été retirés et possiblement détruits par Assange, la seule personne connaissant le mot de passe permettant de les ouvrir.
Effectivement, les documents publiés semblent comporter un « vide », portant sur la période de juillet à septembre 2006, durant laquelle ont eu lieu les 33 jours de guerre au Liban.
Est-il possible que, passant seulement leur temps à « jacasser » sur pratiquement toutes les autres questions moyen-orientales sans intérêt, les diplomates et responsables zuniens (américains) n’aient échangé aucun commentaire ou information sur cet événement crucial ?
À la suite de la fuite (et même avant), le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré dans une conférence de presse qu’Israël avait « pris les devants » pour limiter les dommages causés par les fuites, ajoutant qu’« aucun document israélien confidentiel n’a été révélé par Wikileaks. » (6) À la même époque, lors d’une interview pour Time Magazine, présentant Netanyahu comme un héros de transparence et d’ouverture, Assange a fait son éloge ! (7)
Selon un autre article (8), un journal libanais de tendance gauche a rencontré deux fois Assange. Lui offrant « une grosse somme d’argent », il a tenté de négocier un marché avec lui pour se procurer des documents relatifs à la guerre de 2006, en particulier le procès-verbal d’une réunion tenue à l’ambassade zunienne de Beyrouth le 24 juillet 2006. Cette réunion est largement considérée comme un « conseil de guerre » entre les parties israéliennes, zuniennes et libanaises qui ont joué un rôle dans la guerre contre le Hezbollah et ses alliés.
Pourtant, les sources confirment que les documents reçus par les journalistes d’Al-Akhbar, concernant chaque jour de 2008 et d’après, ne contiennent rien de valeur. Tout cela ne fait qu’étayer les allégations d’un accord avec Israël.
Pour finir, il pourrait être utile de souligner qu’Assange a pu faire ce qu’il dit avoir fait pour se protéger et assurer la divulgation des documents de manière à dénoncer l’hypocrisie zunienne, dont il se dit obsédé, « aux dépens d’objectifs plus fondamentaux.
jeudi 23 décembre 2010
vendredi 3 décembre 2010
Haro sur Assange
Des internautes ont retrouvé sur le web les archives du journal intime virtuel de Julian Assange.
Sur internet, rien ne disparaît jamais vraiment. Julian Assange, le fondateur du site controversé WikiLeaks, en fait lui-même l'expérience. Un site américain vient de publier les archives du journal intime virtuel qu'il a tenu entre juin 2006 et août 2007. Patrice Thomas, journaliste à Europe 1, en a traduit des extraits sur son blog.
Sur IQ.org, pour Interesting questions (questions intéressantes), les internautes découvrent d'abord toutes les coordonnées de Julian Assange. Numéros de téléphone, adresses mail et postale, compte Skype, tout est détaillé. On peut aussi admirer une photo d'Assange, enfant, avec un joli bonnet rose.
"Les fuites provoquent la paranoïa"
Mais ce qui intéresse le plus les internautes, c'est l'état d'esprit de Julian Assange. Le 31 décembre 2006, quelques jours après avoir créé son désormais célèbre site, le militant australien livre sa théorie sur les fuites : "Plus une organisation est secrète ou injuste, plus les fuites provoquent la peur et la paranoïa dans son leadership (...) la révélation de secrets dans un système injuste le rend vulnérable face à ceux qui cherchent à établir un système avec une gouvernance plus ouverte (...) Seule une injustice révélée peut être combattue. Un homme qui ne sait rien ne peut pas agir."
Quelques mois auparavant, Julian Assange méditait sur le pouvoir des mots et de la censure : "Quand les mots ont le pouvoir de changer, l’état s’efforce de les brûler ou de les effacer, si forte est la crainte du pouvoir des mots."
Assange plagieur
Son tout premier billet, écrit le 8 juin 2006, s'intitule "L'histoire de la guerre". Mais comme le relève Patrice Thomas, il ne s'agit que d'un plagiat de l'auteur britannique Douglas Adams, dans The Hitch-Hiker's Guide to Galaxy. Julian Assange cite par ailleurs Emile Zola ou encore un auteur révolutionnaire anarchiste allemand.
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la personnalité d'Assange, le jeune homme ne livre que peu de choses. On apprend ainsi qu'il se sent proche des surdoués. "Newton a payé le prix d’être d’une intelligence suprême (…) incapable d’avoir des amis, de connaître l’amour, la paternité, et beaucoup d’autres choses désirables. Comme homme c’était un l’échec, comme monstre, il était superbe", écrit-il, note Patrice Thomas.
Des pratiques originales...
Enfin, Julian Assange révèle quelques penchants qui pourraient prêter à sourire. Il décrit ainsi comment il se frottait le cou et les épaules avec du café pour séduire une jeune femme qui était accro à la boisson. L'Australien développe également une théorie sur "l'envie de faire pipi".
Sur internet, rien ne disparaît jamais vraiment. Julian Assange, le fondateur du site controversé WikiLeaks, en fait lui-même l'expérience. Un site américain vient de publier les archives du journal intime virtuel qu'il a tenu entre juin 2006 et août 2007. Patrice Thomas, journaliste à Europe 1, en a traduit des extraits sur son blog.
Sur IQ.org, pour Interesting questions (questions intéressantes), les internautes découvrent d'abord toutes les coordonnées de Julian Assange. Numéros de téléphone, adresses mail et postale, compte Skype, tout est détaillé. On peut aussi admirer une photo d'Assange, enfant, avec un joli bonnet rose.
"Les fuites provoquent la paranoïa"
Mais ce qui intéresse le plus les internautes, c'est l'état d'esprit de Julian Assange. Le 31 décembre 2006, quelques jours après avoir créé son désormais célèbre site, le militant australien livre sa théorie sur les fuites : "Plus une organisation est secrète ou injuste, plus les fuites provoquent la peur et la paranoïa dans son leadership (...) la révélation de secrets dans un système injuste le rend vulnérable face à ceux qui cherchent à établir un système avec une gouvernance plus ouverte (...) Seule une injustice révélée peut être combattue. Un homme qui ne sait rien ne peut pas agir."
Quelques mois auparavant, Julian Assange méditait sur le pouvoir des mots et de la censure : "Quand les mots ont le pouvoir de changer, l’état s’efforce de les brûler ou de les effacer, si forte est la crainte du pouvoir des mots."
Assange plagieur
Son tout premier billet, écrit le 8 juin 2006, s'intitule "L'histoire de la guerre". Mais comme le relève Patrice Thomas, il ne s'agit que d'un plagiat de l'auteur britannique Douglas Adams, dans The Hitch-Hiker's Guide to Galaxy. Julian Assange cite par ailleurs Emile Zola ou encore un auteur révolutionnaire anarchiste allemand.
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la personnalité d'Assange, le jeune homme ne livre que peu de choses. On apprend ainsi qu'il se sent proche des surdoués. "Newton a payé le prix d’être d’une intelligence suprême (…) incapable d’avoir des amis, de connaître l’amour, la paternité, et beaucoup d’autres choses désirables. Comme homme c’était un l’échec, comme monstre, il était superbe", écrit-il, note Patrice Thomas.
Des pratiques originales...
Enfin, Julian Assange révèle quelques penchants qui pourraient prêter à sourire. Il décrit ainsi comment il se frottait le cou et les épaules avec du café pour séduire une jeune femme qui était accro à la boisson. L'Australien développe également une théorie sur "l'envie de faire pipi".
Le prix de la vérité
Recherché, le fondateur du site a répondu aux questions des internautes sur le site du Guardian.
Sous mandat d’arrêt international, Julian Assange, le fondateur du site Wikileaks, est sorti de son silence vendredi après-midi. Celui qui ne s’était pas exprimé publiquement depuis les dernières révélations de son site a participé à un chat organisé par le site du quotidien britannique The Guardian . L’occasion pour lui de faire part des “menaces de mort“ qui lui ont été adressées, alors qu'il réside dans un lieu tenu secret.
"Les menaces de mort à notre encontre sont de notoriété publique. Mais nous prenons les précautions adéquates dans la limite de ce que nous sommes capables de faire face à une super puissance", a confié Julian Assange, répondant à la question d’un internaute.
Des archives réparties entre 100.000 personnes
Interrogé sur le risque que son site disparaisse, et les documents confidentiels accumulés avec, Julian Assange s’est voulu rassurant : “Nos archives de documents diplomatiques ont été disséminées vers 100.000 personnes sous forme de dossiers cryptés, tout comme d’importants documents provenant des Etats-Unis et d’autres pays“, a-t-il précisé.
“S’il devait nous arriver quelque chose, les clés de cryptage seraient automatiquement délivrées“ à ces 100.000 personnes, a-t-il ajouté. L’homme à l’origine de fuites massives de documents diplomatiques a aussi été interrogé sur sa stratégie médiatique, les conséquences de ses révélations pour les pays concernés, ou encore sur des documents secrets portant sur les ovnis.
Des attaques cybernétiques contre Wikileaks
Victime de nouvelles cyber-attaques, le site WikiLeaks a trouvé refuge vendredi en Suisse alors que Washington cherche à stopper ces fuites. L'avocat londonien de WikiLeaks, Mark Stephens, a déclaré vendredi que "quelqu'un, probablement un acteur étatique, a pris le contrôle de centaines de milliers d'ordinateurs vulnérables dans le monde, et les fait tous se connecter simultanément" au site afin de le mettre en panne.
Selon lui, ces tentatives "sophistiquées" font partie d'un plan plus général visant à réduire au silence son fondateur, Julian Assange.
La Suède le recherche à nouveau
Julian Assange est par ailleurs recherché par la Suède et visé par un mandat d'arrêt d'Interpol dans le cadre d'une enquête pour "viol et agression sexuelle" en 2008 en Suède.
L'Australien de 39 ans se trouverait selon plusieurs médias britanniques en Angleterre. Selon son avocat, qui ne confirme pas cette information, la police britannique et les autorités suédoises ont les moyens de le joindre depuis plusieurs semaines.
Sous mandat d’arrêt international, Julian Assange, le fondateur du site Wikileaks, est sorti de son silence vendredi après-midi. Celui qui ne s’était pas exprimé publiquement depuis les dernières révélations de son site a participé à un chat organisé par le site du quotidien britannique The Guardian . L’occasion pour lui de faire part des “menaces de mort“ qui lui ont été adressées, alors qu'il réside dans un lieu tenu secret.
"Les menaces de mort à notre encontre sont de notoriété publique. Mais nous prenons les précautions adéquates dans la limite de ce que nous sommes capables de faire face à une super puissance", a confié Julian Assange, répondant à la question d’un internaute.
Des archives réparties entre 100.000 personnes
Interrogé sur le risque que son site disparaisse, et les documents confidentiels accumulés avec, Julian Assange s’est voulu rassurant : “Nos archives de documents diplomatiques ont été disséminées vers 100.000 personnes sous forme de dossiers cryptés, tout comme d’importants documents provenant des Etats-Unis et d’autres pays“, a-t-il précisé.
“S’il devait nous arriver quelque chose, les clés de cryptage seraient automatiquement délivrées“ à ces 100.000 personnes, a-t-il ajouté. L’homme à l’origine de fuites massives de documents diplomatiques a aussi été interrogé sur sa stratégie médiatique, les conséquences de ses révélations pour les pays concernés, ou encore sur des documents secrets portant sur les ovnis.
Des attaques cybernétiques contre Wikileaks
Victime de nouvelles cyber-attaques, le site WikiLeaks a trouvé refuge vendredi en Suisse alors que Washington cherche à stopper ces fuites. L'avocat londonien de WikiLeaks, Mark Stephens, a déclaré vendredi que "quelqu'un, probablement un acteur étatique, a pris le contrôle de centaines de milliers d'ordinateurs vulnérables dans le monde, et les fait tous se connecter simultanément" au site afin de le mettre en panne.
Selon lui, ces tentatives "sophistiquées" font partie d'un plan plus général visant à réduire au silence son fondateur, Julian Assange.
La Suède le recherche à nouveau
Julian Assange est par ailleurs recherché par la Suède et visé par un mandat d'arrêt d'Interpol dans le cadre d'une enquête pour "viol et agression sexuelle" en 2008 en Suède.
L'Australien de 39 ans se trouverait selon plusieurs médias britanniques en Angleterre. Selon son avocat, qui ne confirme pas cette information, la police britannique et les autorités suédoises ont les moyens de le joindre depuis plusieurs semaines.
mardi 12 octobre 2010
De Lawrence à Dayton
Peu de gens en dehors des cercles de pouvoir à Ramallah et ses appareils de sécurité, connaissent les « exploits » du général EU Keith Dayton qui est officiellement chargé par l’administration de son pays de créer des forces de sécurité palestiniennes sur de nouvelles bases, qui se fondent sur l’instauration du contrôle de l’état (où il est ?) sur ses frontières (lesquelles ?) dans le proche avenir. L’article du journaliste Eu Thomas Friedman dans le NewYorkTimes du samedi 7 février (Beyond The banks : http://www.nytimes.com/2009/02/08/opinion/08friedman.html, ndt) nous clarifie cette question.
Friedman dit que le général Dayton l’a amené à la ville de Jénine pour lui montrer ces « exploits » et qu’il était surpris de ce qu’il a constaté. Les membres de la deuxième compagnie se sont alignés devant leur « maitre » (le qualificatif vient de moi (d’Abdul-Bari Atwan, ndt)) étatsunien avec leurs mitraillettes Kalachnikov en effectuant le salut militaire. Le général les salue à son tour et il leur fait un discours en les flattant de leur noble mission qui consiste à « prendre soin de leurs concitoyens dans ce temps difficile, car c’est ainsi que se comportent les forces de sécurité professionnelles ».
La manière dont le général EU avait inspecté ces forces et comment il leur a adressé la parole montre qu’elles exécutent ses ordres et qu’elles accomplissent la mission que lui et son gouvernement décident, et non pas un autre gouvernement ou une autre autorité. C’es lui qui finance, qui décide et qui arrête les devoirs.
Il semble que ces « forces de Dayton » ont déjà commencé à accomplir leur mission et de la meilleure manière, car elles se sont opposées aux manifestants avec efficacité en les réprimant et en les arrêtant durant les manifestations de solidarité et de condamnation des massacres israélien dans la bande de Gaza. En revanche, ces forces sont restées spectatrices quand, quelques mois plus tôt, des colons ont attaqué les habitants d’al-Khalil (Hébron, ndt) en agressant et en détruisant, au point que l’un des dirigeants de ces forces a répondu aux demandes de ses concitoyens pour intervenir afin de les protéger de la sauvagerie des colons, il a répondu qu’il n’avait pas de consignes pour affronter les Israéliens, mais seulement les Palestiniens.
Jénine était l’une des villes à la résistance la plus féroce, et fut considérée comme une base solide pour engendrer les candidats aux opérations-martyres, et les hommes les vrais. Il suffit de constater que son petit camp (1 km carré) a tenu pendant une dizaine de jours à l’offensive israélienne et a réussi à faire tomber 26 tués et 36 blessés parmi les rangs des forces d’agression, c.-à-d. quatre fois les pertes de l’armée israélienne pendant sa dernière agression sur la bande de Gaza. Ceci explique pourquoi le général Dayton s’intéresse à cette ville et fait d’elle le « diamant » de sa couronne d’« exploits » sécuritaires, qui sont celui de briser les forces de la résistance à Jénine et la généralisation de cette expérience sur toutes les villes palestiniennes en Cisjordanie.
L’objectif de la création de ces forces, de leur « engraissement » et des millions dépensés sur leur entrainement, n’est pas la préparation pour la construction de l’état palestinien, mais pour l’empêcher et pour pérenniser l’occupation en cours. En fait partout dans le monde, on commence par créer l’état puis ses institutions sécuritaire et politique, sauf en Palestine où le triangle est « renversé » ainsi que les priorités, ce qui explique la poursuite de la colonisation, l’usurpation des terres, et le creusage des tunnels sous la mosquée al-Aqsa (les tunnels à al-Quds sont bons car ils sont israéliens même s’ils aboutissent à l’effondrement des fondations d’al-Aqsa… Mais les tunnels de Rafah sont diaboliques car ils sont utilisés pour faire entrer la nourriture et les médicaments pour les assiégés).
Les forces de sécurité de Dayton dont le nombre s’élève à 1600 personnes jusqu’à maintenant, qui ont été entrainées en Jordanie et qui s’apprêtent à intégrer 500 nouveaux membres, qui suivent des stages d’entraînement similaires, ces forces ont une mission principale axée autour de la protection des colonies, de la répression par la force de toute résistance palestinienne et de la collaboration avec leurs homologues israéliens dans ce domaine, c.-à-d. dans le meurtre de tout sentiment patriotique.
Il est clair que ces forces sont en harmonie avec les projets EU futurs pour la Cisjordanie, et pour éviter la reproduction de l’expérience de la bande [de Gaza], c.-à-d. d’empêcher que la Cisjordanie ne devienne une base pour la résistance. Tony Blair, l’émissaire du quartet, a résumé l’avenir de la Cisjordanie en parlant de la nécessité de concentrer les efforts sur l’infrastructure économique, et de la préparer pour élever le niveau de vie des habitants, en tant qu’étape essentielle avant d’arriver à la création de l’état. Le premier ministre britannique Gordon Brown a répété la même chose durant sa dernière visite à Ramallah.
Benyamine Netenyahou, le chef du parti Likoud et celui qui a le plus de chance de gagner les élections israéliennes générales qui aura lieu demain, s’est emparé de ce fil et a commencé de mettre l’accent dans sa campagne électorale sur « la paix économique » avec les Palestiniens, et sur l’engagement à ne pas rendre la Cisjordanie et le Golan à leurs propriétaires arabes.
Le colonel Radhi Abu Assidah, l’un des dirigeants des appareils sécuritaires du général Dayton, a fièrement déclaré : « Nos fores possèdent maintenant du professionnalisme et aussi du bon entrainement. Maintenant nous disons aux gens : Vous pouvez manifester en solidarité avec Gaza, mais vous devez faire cela d’une manière moderne ».
Ce que le colonel Radhi entend par cette manière moderne, c’est que les gens doivent être comme les peuples d’Alaska ou d’Islande, ils doivent se contenter d’allumer des bougies et de faire des prières pour les victimes de la sauvagerie israélienne. Tout autre acte à part cela sera réprimé par les matraques, voire par les tirs de balles et la torture dans des camps de détention.
Mais comment les gens de la Cisjordanie vont manifester d’une manière civilisée alors que les soldats israéliens les humilient tous les jours aux points de contrôle, ils confisquent leurs terres, ils démolissent leurs mosquées et ils lâchent sur eux les colons pour les agresser, détruire leurs plantations et arracher leurs arbres ?
Dans le passé on parlait de la solution à deux états. Maintenant on parle de la « paix économique », ce qui veut dire de transformer le peuple palestinien en un peuple qui se fait acheter par les denrées de subsistance et les salaires mensuels payés par les états donateurs, en échange qu’il oublie totalement sa cause nationale. Quant à celui qui désobéit, les forces « professionnelles » et « bien entraînées » du général Dayton sauront comment s’occuper de son cas avec la méthode adéquate.
Gidi Grinstein le président de l’institut israélien Reut, un « réservoir de cerveaux » qui fournit des études consultatives au gouvernement, il décrit la mission de Dayton comme une « tâche lumineuse dans un paysage détruit et sur laquelle on peut bâtir, car la question ce n’est pas seulement la terre, mais aussi comment la remplir ».
Il est clair, selon nous, qu’il propose deux réponses à cette question : Soit de remplir cette terre par de nouveaux colons, ou bien d’importer, d’un autre endroit du monde, un autre peuple capable de vivre selon les manières israéliennes de faire. Car le peuple palestinien ne peut entrer dans aucun de leurs moules.
C’est certainement un avenir obscur qui attend le peuple palestinien à l’ombre du général Dayton, ses projets et ses adeptes, mais ce qui est encore plus obscur, à notre avis, c’est l’existence d’une autorité palestinienne qui le laisse faire, lui donne la « couverture légale », lui fait le salut militaire par admiration et par reconnaissance, et qui ne tarit pas de faire son éloge et l’éloge des ses grands « exploits » en faveur du peuple palestinien.
Friedman dit que le général Dayton l’a amené à la ville de Jénine pour lui montrer ces « exploits » et qu’il était surpris de ce qu’il a constaté. Les membres de la deuxième compagnie se sont alignés devant leur « maitre » (le qualificatif vient de moi (d’Abdul-Bari Atwan, ndt)) étatsunien avec leurs mitraillettes Kalachnikov en effectuant le salut militaire. Le général les salue à son tour et il leur fait un discours en les flattant de leur noble mission qui consiste à « prendre soin de leurs concitoyens dans ce temps difficile, car c’est ainsi que se comportent les forces de sécurité professionnelles ».
La manière dont le général EU avait inspecté ces forces et comment il leur a adressé la parole montre qu’elles exécutent ses ordres et qu’elles accomplissent la mission que lui et son gouvernement décident, et non pas un autre gouvernement ou une autre autorité. C’es lui qui finance, qui décide et qui arrête les devoirs.
Il semble que ces « forces de Dayton » ont déjà commencé à accomplir leur mission et de la meilleure manière, car elles se sont opposées aux manifestants avec efficacité en les réprimant et en les arrêtant durant les manifestations de solidarité et de condamnation des massacres israélien dans la bande de Gaza. En revanche, ces forces sont restées spectatrices quand, quelques mois plus tôt, des colons ont attaqué les habitants d’al-Khalil (Hébron, ndt) en agressant et en détruisant, au point que l’un des dirigeants de ces forces a répondu aux demandes de ses concitoyens pour intervenir afin de les protéger de la sauvagerie des colons, il a répondu qu’il n’avait pas de consignes pour affronter les Israéliens, mais seulement les Palestiniens.
Jénine était l’une des villes à la résistance la plus féroce, et fut considérée comme une base solide pour engendrer les candidats aux opérations-martyres, et les hommes les vrais. Il suffit de constater que son petit camp (1 km carré) a tenu pendant une dizaine de jours à l’offensive israélienne et a réussi à faire tomber 26 tués et 36 blessés parmi les rangs des forces d’agression, c.-à-d. quatre fois les pertes de l’armée israélienne pendant sa dernière agression sur la bande de Gaza. Ceci explique pourquoi le général Dayton s’intéresse à cette ville et fait d’elle le « diamant » de sa couronne d’« exploits » sécuritaires, qui sont celui de briser les forces de la résistance à Jénine et la généralisation de cette expérience sur toutes les villes palestiniennes en Cisjordanie.
L’objectif de la création de ces forces, de leur « engraissement » et des millions dépensés sur leur entrainement, n’est pas la préparation pour la construction de l’état palestinien, mais pour l’empêcher et pour pérenniser l’occupation en cours. En fait partout dans le monde, on commence par créer l’état puis ses institutions sécuritaire et politique, sauf en Palestine où le triangle est « renversé » ainsi que les priorités, ce qui explique la poursuite de la colonisation, l’usurpation des terres, et le creusage des tunnels sous la mosquée al-Aqsa (les tunnels à al-Quds sont bons car ils sont israéliens même s’ils aboutissent à l’effondrement des fondations d’al-Aqsa… Mais les tunnels de Rafah sont diaboliques car ils sont utilisés pour faire entrer la nourriture et les médicaments pour les assiégés).
Les forces de sécurité de Dayton dont le nombre s’élève à 1600 personnes jusqu’à maintenant, qui ont été entrainées en Jordanie et qui s’apprêtent à intégrer 500 nouveaux membres, qui suivent des stages d’entraînement similaires, ces forces ont une mission principale axée autour de la protection des colonies, de la répression par la force de toute résistance palestinienne et de la collaboration avec leurs homologues israéliens dans ce domaine, c.-à-d. dans le meurtre de tout sentiment patriotique.
Il est clair que ces forces sont en harmonie avec les projets EU futurs pour la Cisjordanie, et pour éviter la reproduction de l’expérience de la bande [de Gaza], c.-à-d. d’empêcher que la Cisjordanie ne devienne une base pour la résistance. Tony Blair, l’émissaire du quartet, a résumé l’avenir de la Cisjordanie en parlant de la nécessité de concentrer les efforts sur l’infrastructure économique, et de la préparer pour élever le niveau de vie des habitants, en tant qu’étape essentielle avant d’arriver à la création de l’état. Le premier ministre britannique Gordon Brown a répété la même chose durant sa dernière visite à Ramallah.
Benyamine Netenyahou, le chef du parti Likoud et celui qui a le plus de chance de gagner les élections israéliennes générales qui aura lieu demain, s’est emparé de ce fil et a commencé de mettre l’accent dans sa campagne électorale sur « la paix économique » avec les Palestiniens, et sur l’engagement à ne pas rendre la Cisjordanie et le Golan à leurs propriétaires arabes.
Le colonel Radhi Abu Assidah, l’un des dirigeants des appareils sécuritaires du général Dayton, a fièrement déclaré : « Nos fores possèdent maintenant du professionnalisme et aussi du bon entrainement. Maintenant nous disons aux gens : Vous pouvez manifester en solidarité avec Gaza, mais vous devez faire cela d’une manière moderne ».
Ce que le colonel Radhi entend par cette manière moderne, c’est que les gens doivent être comme les peuples d’Alaska ou d’Islande, ils doivent se contenter d’allumer des bougies et de faire des prières pour les victimes de la sauvagerie israélienne. Tout autre acte à part cela sera réprimé par les matraques, voire par les tirs de balles et la torture dans des camps de détention.
Mais comment les gens de la Cisjordanie vont manifester d’une manière civilisée alors que les soldats israéliens les humilient tous les jours aux points de contrôle, ils confisquent leurs terres, ils démolissent leurs mosquées et ils lâchent sur eux les colons pour les agresser, détruire leurs plantations et arracher leurs arbres ?
Dans le passé on parlait de la solution à deux états. Maintenant on parle de la « paix économique », ce qui veut dire de transformer le peuple palestinien en un peuple qui se fait acheter par les denrées de subsistance et les salaires mensuels payés par les états donateurs, en échange qu’il oublie totalement sa cause nationale. Quant à celui qui désobéit, les forces « professionnelles » et « bien entraînées » du général Dayton sauront comment s’occuper de son cas avec la méthode adéquate.
Gidi Grinstein le président de l’institut israélien Reut, un « réservoir de cerveaux » qui fournit des études consultatives au gouvernement, il décrit la mission de Dayton comme une « tâche lumineuse dans un paysage détruit et sur laquelle on peut bâtir, car la question ce n’est pas seulement la terre, mais aussi comment la remplir ».
Il est clair, selon nous, qu’il propose deux réponses à cette question : Soit de remplir cette terre par de nouveaux colons, ou bien d’importer, d’un autre endroit du monde, un autre peuple capable de vivre selon les manières israéliennes de faire. Car le peuple palestinien ne peut entrer dans aucun de leurs moules.
C’est certainement un avenir obscur qui attend le peuple palestinien à l’ombre du général Dayton, ses projets et ses adeptes, mais ce qui est encore plus obscur, à notre avis, c’est l’existence d’une autorité palestinienne qui le laisse faire, lui donne la « couverture légale », lui fait le salut militaire par admiration et par reconnaissance, et qui ne tarit pas de faire son éloge et l’éloge des ses grands « exploits » en faveur du peuple palestinien.
dimanche 12 septembre 2010
Daniel pearl
Daniel Pearl, le journaliste qui dénonçait la désinformation dans la guerre livrée au terrorisme
Les 7 sacrifiés du mensonge : du 11 Septembre à la guerre contre l’Irak
mardi 1er décembre 2009
Chapitre I
Le 7 août 1998, le Kenya et la Tanzanie étaient plongés dans l’horreur avec l’explosion simultanée de voitures piégées devant les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam. Trois jours après, l’Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans revendiquait les opérations dans plusieurs communiqués. Tous les regards convergèrent alors vers Oussama ben Laden, lequel est soupçonné de financer les groupuscules islamistes et de les fédérer à travers son organisation al-Qaida.
Quelques jours plus tard, Bill Clinton ordonna le bombardement de plusieurs camps d’entraînement d’al-Qaida en Afghanistan ainsi que la destruction de l’usine pharmaceutique d’Al Shifa près de Khartoum au Soudan, accusée de produire des armes de destruction massive.
Cette initiative fut lancée en violation flagrante de la souveraineté territoriale du Soudan et dans le mépris absolu de toutes les règles, lois et traités internationaux, au premier rang desquels la Charte de l’Organisation des Nations Unies. Les allégations avancées par l’administration américaine pour légitimer ce bombardement se sont avérées non fondées. Des personnalités connues pour leur neutralité et leur objectivité, des scientifiques et des experts de premier plan ont réfuté les arguments américains en démontrant leur fausseté. Tom Carnavin, ex-directeur d’Al Shifa, a pu témoigner que l’entreprise n’avait aucune capacité à produire des armes chimiques et que contrairement aux assertions américaines l’unité n’était pas protégée par un dispositif de sécurité renforcée. De son côté, Henri Jop, ingénieur américain qui dessina les plans de l’usine, confirma que son unique destination ne pouvait être que la production de médicaments, ce point ayant été assuré par les maîtres d’œuvre jordaniens qui avaient dirigé sa construction. D’autres réfutations tout aussi incontestables ont été publiées dans les plus grands organes de presse occidentaux tels que The Observer et The Independent au Royaume-Uni ou le New York Times.
Les Etats-Unis ont besoin de se donner bonne conscience avant d’entreprendre toute action agressive pour normaliser les nations récalcitrantes à leur domination mais aussi de conditionner les opinions publiques mondiales pour qu’elles acceptent sa politique d’hégémonie. Ainsi, l’offensive médiatique devance et prépare l’offensive militaire. Elle est destinée à convaincre les parlementaires du congrès américain qui votent les budgets ainsi que les militaires qui accomplissent les buts de guerre, de la légitimité morale des agressions meurtrières entreprises sous prétexte de sécurité nationale.
La destruction par des missiles de croisières de l’usine d’Al Shifa en fut une illustration parfaite. Après avoir soutenu, sans preuves, qu’elle abritait une unité de production d’armes chimiques et notamment de gaz innervant VX, il fallut bien, aux experts du Pentagone et de la CIA, finir par convenir qu’ils s’étaient trompés ! Les études, analyses et contre-expertises réalisées par des laboratoires indépendants et contenues dans le rapport très circonstancié de l’ambassadeur de la république d’Allemagne ont en effet balayé les déclarations américaines et démontré l’illégitimité de l’agression perpétrée contre le Soudan.
Reste que dans l’opinion publique internationale le mal était fait : les démentis et correctifs n’ayant été publiés que sous forme de brèves de bas de page, le grand public en resta aux motifs invoqués lors du bombardement. En matière de propagande et de désinformation celui qui prend l’initiative et qui a le contrôle sur les réseaux planétaires de communication et de diffusion de l’information est assuré d’être toujours gagnant. La manipulation d’Al Shifa a été le prélude de la guerre préventive et de la guerre au terrorisme.
Dans un article de Daniel Pearl intitulé « Dans le bombardement du Soudan, la preuve dépend du point de vue où l’on se place » qui a été publié par le Wall Street Journal le 28 novembre 1998, le journaliste avait compris que les représailles en réponse aux attentats de Dar El Salam et Nairobi, attribués à al-Qaida, n’étaient qu’une opération de désinformation. Pearl y démontra ainsi que le prétexte avancé par le gouvernement ne tenait pas, et que les véritables raisons de l’attaque sur l’usine chimique étaient autres. Mais Pearl alla plus loin encore, il avait compris que cette manipulation de l’information était le prélude à une guerre à venir, la conclusion prémonitoire de son article était : « Ce sera une guerre sale ».
Ce qui suit est le texte intégral de cet article remarquablement renseigné qui contient beaucoup d’indications qui se vérifieront les années suivant sa parution. L’homme qui a fait ce travail d’enquête sera assassiné dans des conditions pour le moins troubles en 2001.
« KHARTOUM, Soudan — Saleh Idriss, investisseur soudanais, rencontre quelques problèmes : son usine est en ruines, ses comptes dans une banque américaine sont gelés et les services de renseignement américains le présentent comme un homme de paille du terroriste islamiste Oussama ben Laden.
Si ceci est vrai, et M. Idriss a juré ses grands Dieux que c’est faux, on peut penser que cela contribue à expliquer pourquoi les missiles de croisières américains ont détruit le 20 août dernier l’usine pharmaceutique de Al Shifa en représailles d’attentats contre des ambassades des Etats-Unis en Afrique. En fait, au moment même où les missiles de croisière partaient des bateaux de guerre américains, les responsables du renseignement américain avouaient ne savoir que peu de choses sur Idriss, et ne savaient pas qu’il avait acheté quelques mois auparavant l’usine de Al Shifa. Pourtant, depuis le bombardement, des sources diverses leur ont fourni des informations selon lesquelles Al Shifa était liée à OUssama ben Laden et ses tentatives pour se doter d’armes chimiques.
Certains alliés des Etats-Unis et quelques autorités de Washington ne sont toujours pas sûrs que les Etats-Unis aient frappé le bon objectif et il se pourrait bien qu’on ne connaisse jamais toute la vérité sur Al Shifa, masquée qu’elle est par le kaléidoscope politique de la lutte antiterroriste. La preuve essentielle est un morceau de terre ramassé près de l’usine et que les Américains estiment contenir un produit chimique dont on se sert pour fabriquer des gaz neurotoxiques. Mais plus on y regarde de près, plus les choses s’obscurcissent.
L’histoire de l’usine de Al Shifa est assez embrouillée et M. Idriss, un millionnaire auquel sourit la fortune à l’image de ceux que le Moyen-Orient génère souvent, est un investisseur non moins hardi qui a accepté d’acheter l’usine en mars après une visite bien superficielle. Il ne peut affirmer que l’usine de Al Shifa n’a jamais produit d’ingrédients destinés à la fabrication d’armes chimiques, étant donné qu’il était encore en train d’étudier en profondeur les installations les installations lorsque les Américains les ont détruites. Certains de ses contrats au Soudan l’ont mis en relation avec des personnes qui avaient eu contact par le passé avec M. Bin Lâdin ou ses sociétés, bien que M.Idriss soutienne que ses contacts étaient sans importance. Il prétend qu’il avait l’intention de réorganiser Al Shifa pour partir à la conquête des marchés pharmaceutiques d’Afrique et du Moyen-Orient.
Les Américains avaient des raisons de penser que le Soudan souhaitait se doter d’armes chimiques. Il est en guerre civile avec des rebelles soutenus par les Américains, dispose de trop peu d’argent pour se fournir en armement conventionnel et n’a pas signé de traité contre la détention des armes chimiques. Et comme le pays a autrefois donné asile à des terroristes, les Américains prétendent qu’ils doivent prendre très au sérieux les rapports selon lesquels M.ben Laden et l’Iraq aideraient le Soudan à se doter d’armes chimiques.
Les autorités américaines affirment que le principal argument pour prendre Al Shifa comme cible était et reste cet échantillon de terre qu’on leur a remis en janvier et dont ils disent qu’il a été ramassé à un jet de pierre de Al Shifa par un agent entraîné par la CIA, lui-même surveillé par un autre agent. Les autorités affirment que trois tests séparés pratiqués sur l’échantillon de terre ont montré une forte densité d’une substance, connue sous le nom de EMPTA, dont on peut facilement faire un gaz neurotoxique mortel.
Toutefois d’autres maillons de la chaîne de preuves qu’ont présentées les officiels américains sont beaucoup plus fragiles que ce qu’avaient laissé entendre les rapports précédents. Les Américains n’ont cessé de répéter que l’usine faisait partie d’un complexe de la société d’Armement Militaire, le fabricant d’armes du gouvernement soudanais. En outre malgré les articles de presse qui expliquaient que les Américains avaient intercepté des communications entre l’usine et l’Iraq, un membre des services de renseignement américain a reconnu que tout ce que les Américains avaient en fait découvert, c’était des enregistrements indiquant que des membres de la direction de Al Shifa avaient commencé à se rendre en visite en Iraq l’an dernier.
Les autorités supposent que les entretiens portaient sur les armes chimiques parce qu’ils avaient lieu dans une usine pharmaceutique dirigée par celui qu’ils considéraient comme le numéro 1 du programme iraquien sur le gaz neurotoxique VX : Emad Ani. Mais les dirigeants de Al Shifa affirment qu’ils n’ont eu que des entretiens techniques sur un accord de coopération industrielle et qu’ils n’ont jamais eu de contact avec l’homme en question. L’inspecteur en armement des Nations Unies qui est le plus au contact de l’usine iraquienne déclare que M. Ani est un des hauts dirigeants de la Société d’Etat qui possède l’usine mais n’a jamais été directement associé à son fonctionnement.
Interrogé sur le bombardement américain, M. Idriss répond : « Je pense que c’est le résultat d’une erreur ». Mais quand on l’interroge sur les rumeurs qui ont couru sur lui depuis le bombardement, il répond : « Cela vient de Moubarak ». Il parle de Moubarak Fadi Al Mahdi, un ténor de l’opposition soudanaise qui est en bisbille depuis plus d’un an avec M. Idriss pour des questions d’allégeance politique. M. Mahdi reconnaît avoir commencé à se renseigner sur l’usine après avoir appris en mai que M. Idriss l’avait achetée. Cinq jours après la frappe de missiles de croisière, il a diffusé un communiqué dans l’organe d’information de l’Alliance Démocratique, un groupe de dissidents, communiqué par lequel il accusait M. Idriss d’avoir investi dans un projet militaire soudanais. Des officiels américains ne vont pas tarder à donner de l’écho à cette déclaration. M. Mahdi s’en prit aussi directement à Al Shifa en affirmant que son personnel comportait des scientifiques et des techniciens iraquiens. Il insistait en soulignant que la plupart des installations pharmaceutiques au Soudan n’emploient pas en priorité des experts étrangers.
M. Mahdi nie s’être ouvert de ses soucis à quiconque avant le bombardement et les autorités du renseignement américain nient avoir fait confiance à quiconque aurait cherché à s’en prendre à Al Shifa et par-là à M. Idriss. Toutefois, c’est un secret de polichinelle que les autorités américaines, n’ayant pas d’ambassade à Khartoum qui pourrait leur servir de poste d’observation, ont toujours cherché à se renseigner sur des armes chimiques auprès de la dissidence et que les gouvernements amis comme l’Egypte reçoivent aussi leurs renseignements des membres de l’opposition soudanaise.
M. Idriss faisant référence à ses propres relations avec l’opposition soudanaise, prétend qu’il est loin d’être le genre de personnes à qui le gouvernement soudanais actuel ferait confiance pour prendre part à un projet militaire sensible. Son avocat pour le marché de Al Shifa, par exemple, qualifie de dictature le régime en place.
Ceci dit, M. Idriss reconnaît aussi faire des affaires avec des personnalités du régime dont Abdul Baset Hamza, ancien ingénieur du gouvernement qui soutient avoir supervisé un chantier de construction de route conduit pour une société qui appartenait à Oussama ben Laden lorsque celui-ci était en exil au Soudan. M. Hamza construit maintenant des usines militaires pour le régime fondamentaliste du Soudan. Il prétend avoir tenté de décider M. ben Laden à investir dans une compagnie de téléphone et une usine de fabrication d’obus de mortiers, mais l’islamiste a refusé de mélanger ses capitaux avec ceux du gouvernement. Toutefois, plus tard, M. Hamza a obtenu que M. Idriss investisse dans la compagnie de téléphone et dans la construction d’un laminoir.
Les avocats de M. Idriss à Washington essaient maintenant de convaincre le ministère de la justice qu’il n’a aucun lien avec Oussama ben Laden et que le gouvernement devrait libérer les fonds qu’il a en dépôt à la Bank of America. Seulement les officiels du renseignement américain ne veulent rien savoir. Ils ont déclaré lors d’un entretien qu’ils ont trouvé des preuves de ce que M. Idriss aurait accepté de l’argent d’un membre du Jihad islamique égyptien, mouvement lié à Oussama ben Laden. M. Idriss nie tout en bloc.
En outre, ses conseillers sont en train d’enquêter auprès des employés de Al Shifa et tentent de réunir des laboratoires indépendants pour analyser le sol près du site de l’usine. Mais des officiels américains et des experts en armement chimique prétendent qu’il n’est pas sûr que l’EMPTA résiste à la chaleur provoquée par l’explosion des têtes militaires des missiles. Les Américains, en partie pour cette raison, empêchent toute enquête du conseil de sécurité des Nations Unies. Cependant, les dirigeants de Al Shifa soutiennent que les documents qui étayaient leurs dires ont été détruits par les bombardements. Des amis [d’Idriss] assurent qu’imaginer Idriss soutenant des islamistes purs et durs est absurde parce que, bien que mulsuman pratiquant, il ne partage pas le puritanisme de M. ben Laden. M. Idriss apprécie les chansons d’amour soudanaises, a un luth arabe sur le canapé de chacune de ses maisons du Caire, de Jeddah, de Khartoum et de Londres et ses amis assurent qu’il n’empêche personne de boire de l’alcool dans les soirées qu’il organise. Deux de ses associés rappellent qu’il a refusé d’investir dans des boutiques de souvenirs à la sortie des mosquées parce qu’il craignait que l’argent récolté serve à acheter des armes pour la Bosnie.
Quoique son ascension de simple comptable de banque au statut de millionnaire suscite des soupçons ici, ses amis soutiennent qu’il ne cache aucun secret. M. Idriss est le protégé et parfois le partenaire financier de deux hommes d’affaires séoudiens qui évitent toute publicité et qui pourraient acheter, selon certains experts, vingt fois les affaires d’Oussama ben Laden, à supposer que l’islamiste dispose des deux cent millions de dollars qu’il est réputé avoir hérités il y a quelques années. L’un des hommes d’affaires est le Sheikh Muhammad Hussein al Amoudi, un magnat des travaux publics et du bâtiment qui a des origines éthiopiennes et qui vient de construire un luxueux hôtel Sheraton dans la capitale éthiopienne. L’autre est le Sheikh Khâlid ben Mahfoudh, un riche banquier d’origine yéménite qui est en train de reconstruire le port d’Aden, au Yémen.
M. Idriss, quarante-six ans, fils de tailleur vient d’une ville agricole du nord du Soudan. Il a émigré en Arabie Séoudite en 1976 et y a trouvé du travail comme comptable à la Banque Nationale du Commerce, qui appartient à Sheikh Khâlid. Finalement il a été admis dans le cercle restreint des proches conseillers de Sheikh Khâlid où il se mit à encaisser des commissions en trouvant des investissements pour ses amis. L’un de ses premiers contrats a été celui qu’il a passé avec la société WorldSpace, entreprise basée à Washington. Aux termes de ce contrat d’environ un milliard de dollars - on ne dira pas comment il a été passé – est sur le point d’être lancé le premier de trois satellites qui doit émettre des programmes de radio vers l’Afrique et le Moyen-Orient.
M. Idriss a également impressionné le Sheikh Khâlid en lui permettant ainsi qu’à sa banque de se désengager du scandale du blanchiment d’argent de la BCCI [ Bank of Credit & Commerce International ] raconte un intime. M. Idriss a travaillé en sous-main, renseignant les journalistes arabes et aidant à négocier un arrangement de quatre cent quarante-deux millions de dollars avec les liquidateurs de la BCCI. M. Idriss a perdu un peu de son propre argent dans une agence londonienne de la BCCI qui a fait faillite en 1991, mais ensuite, il a engagé l’ancien directeur de l’agence pour l’aider à faire fructifier ses affaires à Londres. « C’est un type bien « explique M. Idriss.
M. Idriss expose qu’il fait des affaires avec des gens liés au front islamique national (FIN) soudanais parce qu’il ne peut pas faire autrement. Mais s’il investit au Soudan actuellement, c’est parce que lorsque le gouvernement actuel tombera « Je serai en place ».
M. Idriss explique qu’il songeait à construire une usine pharmaceutique depuis des années. Seulement, Al Shifa était une création de Bashir Hassan Bashir, un partisan du FIN. Faisant appel à un architecte américain et à une entreprise chinoise, raconte M. Bashir, il construisit Al Shifa en 1993 afin de produire essentiellement pour l’exportation ce que ne faisait aucune usine pharmaceutique soudanaise.
Le Soudan est maintenant fier de son modèle de Al Shifa, mais en fait la programmation en a été très mal faite, selon des employés. M. Bashir voulait une usine de produits vétérinaires mais il avait vu trop grand. Il y inclut donc une chaîne de produits pharmaceutiques pour l’homme. Cela voulait dire qu’il fallait s’agrandir au-delà d’une route désaffectée, raconte-t-il. Des dirigeants inexpérimentés ont acheté du matériel qui ne convenait pas et les autorités soudanaises refusèrent souvent des comprimés qui venaient des chaînes de Al Shifa.
Le directeur général soudanais du site, Osman Salman, explique que Al Shifa ne pouvait payer ses fournisseurs et il passa même quelques nuits en prison pour chèques sans provisions. Alors M. Salman envoya une télécopie désespérée à M. Idriss lui demandant d’acheter Al Shifa. Il savait qu’il avait l’argent et qu’il avait acheté de nombreuses sociétés soudanaises. Les deux hommes racontent qu’ils se sont rencontrés en Arabie Séoudite où M. Salman avait dirigé une société d’alimentation avant de revenir au Soudan.
Les officiels du renseignement américain évoquent des relations entre M. Salman et M. ben Laden. M. Salman explique qu’une société de bâtiment ben Laden a loué sa maison de Khartoum en 1992. Mais la fois où il s’est approché le plus près de l’islamiste cela a été lorsque, debout dans la rue poussiéreuse à l’extérieur de la propriété, il a crié contre l’agent de M. ben Laden parce que les occupants avaient démonté les toilettes à l’occidentale de la maison, raconte-t-il.
M. Idriss se précipita à Khartoum dans les jours qui ont suivi l’arrivée de la télécopie de M. Salman dans laquelle ce dernier mentionnait qu’un consortium séoudien s’intéressait aussi à Al Shifa. M. Idriss savait que le propriétaire du site était proche du FIN, mais il savait aussi qu’il était un importateur de médicaments qui avait eu des accrochages d’ordre réglementaire avec le gouvernement. M. Idriss, après avoir jeté un coup d’œil sur l’album photo du site de Al Shifa fit une visite de vingt-quatre heures sur place, signa un accord par lequel il payait un million de dollars et endossait dix-huit millions de dollars de dettes. Puis il quitta la ville, racontent des employés.
Il confia l’expertise de l’usine à un de ses cousins, un professeur de pharmacie du nom de Idris Bubakr EtTayeb. Le Dr EtTayeb conclut rapidement qu’un tiers du personnel pouvait partir et qu’il fallait remplacer M. Salman par un spécialiste de la pharmacie. Cet été, explique le Dr EtTayeb, un ami lui a fait part de rumeurs venant des milieux de l’opposition selon lesquelles Al Shifa était un site de fabrication d’armes chimiques, mais il n’en tint pas compte parce que c’était absurde. Comment aurait-on pu fabriquer secrètement des produits chimiques à Al Shifa ? C’était une petite usine qui ne disposait pas d’installations de distillation et elle était si ouverte à tout le monde qu’il voulait restreindre les visites pour des raisons d’hygiène.
Les relations du site avec l’Irak étaient connues de l’équipe de M. Idriss. En août 1997, M. Bashir et un directeur des ventes expliquèrent qu’ils étaient allés à Bagdad avec des cartons d’échantillons de médicaments et qu’ils trouvèrent l’hôtel ArRachid inondé de commerciaux en pharmacie concurrents qui se disputaient les contrats pour approvisionner l’Iraq dans le cadre d’un programme des Nations Unies. Les commerciaux expliquèrent qu’ils étaient allés sur le site pharmaceutique iraquien de Samarra pour tenter de mettre au point un accord industriel de production. Si Samarra pouvait produire certains médicaments à Al Shifa et Al Shifa en produire d’autres en Iraq, cela réduirait les coûts et fournirait une base d’échanges commerciaux. Le Dr EtTayeb dit qu’il était au courant de cette proposition à laquelle aucune société ne donna suite, parce qu’il a participé l’année dernière à une réunion de travail de pharmaciens à l’échelon du Soudan où on l’a évoqué brièvement.
Al Shifa avait emporté une adjudication en janvier pour livrer en Irak pour cent quatre vingt-dix-neuf mille dollars de « Shifazole », un vermifuge pour animaux. Cet été, l’usine n’avait pas encore livré un seul flacon, en raison de difficultés techniques. Pour prouver que, malgré tout, l’usine était sur le point de faire un premier envoi, le Dr EtTayeb montre une centaine de flacons blancs d’un litre portant la marque Shifazole qui s’amassent maintenant sur un tas de décombres du site Al Shifa.
M. Idriss était à Londres le 20 août quand il a appris que les missiles de croisière américains avaient détruit Al Shifa. « J’ai ri », raconte-t-il en pensant que les missiles étaient en fait destinés à un autre objectif. Ensuite il prit l’avion pour rencontrer au Caire des amis de la dissidence soudanaise.
La querelle entre MM. Idriss et Mahdi est symptomatique de leur pays divisé. M. Idriss soutient le Parti démocratique unioniste, modéré et dominé par les mulsumans qui est en occurrence avec le parti mulsuman modéré de l’Umma pour la domination à venir du Soudan. Chaque parti soupçonne l’autre de nouer des accords avec le régime en place.
Moubarak Fadi Al Mahdi, ministre de l’intérieur avant le coup d’état de 1989, est connu pour être le coordinateur du Parti de L’Umma et son pourvoyeur de fonds. Lui et M. Idriss ne se sont jamais rencontrés mais se méfient salutairement l’un de l’autre. M. Idriss explique que les personnalités de l’opposition comme M. Mahdi sont la cause de ce que les soudanais ne se débarrassent pas du régime actuel. M. Mahdi prétend que la raison en est que les hommes d’affaires comme M. Idriss sont « coupables de collaboration » parce qu’ils importent du blé dans un Soudan affaibli. Le soutien que M. Idriss apporte à certains partis d’opposition a pour but de « semer une sorte de confusion » sur ses ambitions réelles, dit-il.
Au début de l’année dernière, alors que les rebelles faisaient face à une violente contre-attaque soudanaise le long de la frontière orientale, M. Mahdi est passé sur une chaîne de télévision arabe émettant de Londres, clamant qu’une compagnie de fret appartenant à un homme d’affaires séoudien originaire du Soudan transférait des armes de l’Iran au Soudan. Il s’agissait d’une allusion sans équivoque à la Trans Arabian Air Transport, une compagnie dont M. Idriss est le propriétaire. Celui-ci répondit qu’il avait découvert que sa compagnie aérienne s’était livrée à un transport non autorisé depuis l’Iran. Il déclara qu’il s’agissait de matériel destiné à la police et non d’armes de guerre, sans apporter plus de précisions.
Néanmoins, M. Idriss était furieux que M. Mahdi ne l’ait pas contacté avant de porter l’affaire sur la place publique. Il dédaigna la tentative de deux journalistes soudanais de Londres qui proposaient d’organiser une réunion de conciliation.
Le soir du bombardement de Al Shifa, M. Mahdi, contacté chez lui au Caire par deux journalistes du Wall Street Journal qui souhaitaient connaître sa réaction, put souligner des éléments qui semblaient incriminer l’usine de M. Idriss. Elle était reliée par une nouvelle route en dur avec un complexe militaire de l’Est situé à proximité, dit-il. ( La distance est de trois kilomètres, dont une partie sur une grande route très fréquentée). Le protecteur séoudien de M. Idriss, continua-t-il, a épousé une sœur de Oussama ben Laden. ( Même si c’était vrai - et selon des sources séoudiennes c’est faux - M. ben Laden et sa famille sont très éloignés en matière de convictions idéologiques ; le ministère américain de la défense a récemment confié à une entreprise de la famille la construction d’une nouvelle caserne pour les troupes américaines en Arabie Séoudite.)
Le 25 août, M. Mahdi a diffusé une télécopie prétendant que Al Shifa avait été construite en partie sur des terrains confisqués par le gouvernement et que, bien qu’officiellement propriété de M. Idriss, elle appartient en fait au FIN. M. Idriss se mit rapidement en contact avec les responsables du parti de M. Mahdi au Caire et menaça d’engager des poursuites judiciaires. M. Mahdi refusa de se dédire.
Au cours d’interviews, M. Mahdi a déclaré que le FIN au pouvoir se lançait dans les affaires et que M. Idriss, « un employé de banque », construisait des usines dans tout le Soudan. M. Mahdi prétendit que le complexe de sept usines de M. Idriss, connu sous le nom de Sariah, était un exemple des efforts du gouvernement soudanais pour repérer les usines civiles qui pourraient être reconverties à des fins militaires. Il affirma aussi que le laminoir de M. Idriss est situé à proximité d’une implantation de la Société Industrie Militaire ( Military Industrial Corp.) « qui produit vraisemblablement des gaz de combat ».
Se moquant de telles allégations, M. Idriss invita les journalistes à visiter ses sites industriels. La visite du complexe de Sariah ne révéla rien de plus militaire que des batteries de véhicules et des rangers. Le laminoir, situé à proximité d’une route déserte n’était gardé que par trois jeunes gens sans armes et vêtus de T-shirt.
Les amis dissidents de M. Mahdi le trouvèrent très convaincant sur certains points tout en reconnaissant qu’il accusait souvent sans preuve. « Je me pose des questions sur la crédibilité de Moubarak » dit une personnalité de l’opposition, Sharif Harir, en soufflant sur son cappuccino à l’American Café, le Q.G. officieux des cancans où se réunit l’opposition soudanaise dans l’Erythrée voisine. Mais l’ascension de M. Idriss « a été trop rapide. Avec une paie d’employé de banque, il n’aurait pas eu les capitaux pour investir dans des usines ».
Certains officiels américains ne font pas confiance aux dissidents mais en rencontrent souvent l’un ou l’autre à Asmara, capitale de l’Erythée. Lors d’une réception à la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis, se souvient un participant, un officier de renseignement américain déclara que les Américains s’inquiétaient de la présence d’armes chimiques au Soudan et étaient preneurs de toute information sur le sujet. Des dissidents prétendent avoir transmis une liste de suspects mais que Al Shifa n’en faisait pas partie.
Des officiels du renseignement américain disent que Al Shifa avait attiré leur attention l’année dernière en raison de rapports de sécurité la concernant. Ensuite, ils avaient eu connaissance de la visite des dirigeants de Al Shifa à Samara. Les officiels du renseignement américain disent qu’ils savaient que Al Shifa avait remporté une adjudication en Irak mais qu’ils ne comprenaient pas pourquoi les soudanais aurait utilisé la société « Samara Drug » comme intermédiaire.
L’Irak n’inspire pas à proprement parler la confiance lorsqu’on aborde la question des armes chimiques. C’est l’un des rares pays à les avoir utilisées. Selon des rapports non confirmés, l’Irak aurait fait héberger ses armes non conventionnelles dans des pays amis pour éviter qu’on ne les repère. Et l’Irak a été surpris en train de fabriquer du VX par le procédé de l’EMPTA.
C’est pourquoi expliquent les officiels américains, ils ont décidé de rechercher l’EMPTA ainsi que d’autres produits chimiques en analysant des échantillons du sol de sites suspects au Soudan. Al Shifa a été « le coup au but » on dit les officiels du renseignement américain. Selon eux les résultats des analyses ont été connus au cours de l’été et les enquêteurs ont commencé à planifier une seconde série d’analyses autour du site pour repérer d’où venait l’EMPTA. Puis survinrent les attentats du 7 août contre les ambassades. Les autorités de l’administration américaine décidèrent précipitamment que M. ben Laden était derrière ces actions et le président Clinton a exigé rapidement des objectifs à frapper en représailles.
En matière de renseignement on n’est jamais sûr à cent pour cent, explique un officiel américain. Avec Al Shifa, dit-il, nous l’étions à quatre-vingts pour cent. Mais nous sommes en quelque sorte en guerre contre Oussama ben Laden. « Cela ne va pas être la guerre en dentelles. Cela va être une guerre sale, avec des choix sales et des décisions sales » ajoute-t-il. »Traduction Geopolintel
Opération militaire américaine rendue possible par une désinformation portant sur la présence d’armes de destruction massive, le bombardement d’Al Shifa sera logiquement suivi quatre ans plus tard par la guerre en Irak justifiée par le même motif et dans un contexte de désinformation à plus grande échelle encore à en juger par l’affaire de Colin Powell et de son éprouvette d’anthrax à l’ONU.
Dans son article, Pearl citait les noms des propriétaires de l’usine Al Shifa, les saoudiens Salah Idris, Mohamed Hussein al-Amoudi et Khaled ben Mahfouz. Ces trois hommes ont fait l’objet d’allégations selon lesquelles ils auraient soutenu financièrement le terrorisme et les attentats du 11 Septembre. Le dernier nommé est un des inculpés du procès O’Neill intenté par les victimes du World Trade Center. Il est soupçonné d’avoir canalisé des millions de dollars vers le réseau al-Qaida via un organisme de charité saoudien Blessed Relief. Ben Mahfouz a eu des intérêts communs avec la famille Bush dans plusieurs affaires. Et selon le témoignage sous serment de James Woolsey, ancien directeur de la CIA, devant le sénat, le 3 septembre 1998, Oussama ben Laden serait marié à l’une des jeunes sœurs de Khaled ben Mafhouz 1.
Plus tard, M. Woolsey déclarera ne plus bien se souvenir, avoir mal prononcé un nom arabe, ne pas avoir relu la transcription de son intervention 2. Puis il se rétractera le 15 décembre lors de son témoignage devant la Haute Cour de Justice de Queen’s Bench Division, alors qu’il était venu soutenir le Wall Street Journal accusé de diffamation. Ben Mahfouz a quant à lui toujours nié ce lien familial. Aucune preuve formelle ne peut accréditer les dires de Woolsey, bien connu dans l’art de la provocation et du mensonge.
Pearl identifia aussi ces hommes comme les actionnaires principaux de la société WorldSpace Incorporated, un consortium américain d’opérateurs de radiophonie visant à établir des communications par satellite. Mais en 1998, Pearl ignorait encore que des personnalités américaines influentes étaient leurs associés dans cette affaire. C’est peut-être là que se trouve le point crucial dans sa compréhension des mécanismes de désinformation qui l’aurait tôt ou tard conduit sur la piste de cette connivence.
D’après le Réseau Voltaire 3, le bombardement de l’usine avait été demandé au Président Clinton par l’ex-secrétaire d’Etat George Shultz et par Donald Rumsfeld. Cette usine fabriquait des médicaments anti Sida, sans licence, pour les pays du tiers-monde et concurrençait les grands groupes pharmaceutiques parmi lesquels Gilead Science, le groupe dont Rusmfeld était le PDG jusqu’à son retour au gouvernement. Shultz siégeait également à la direction de Gilead. Cette firme venait d’obtenir d’importants marchés publics dans le cadre de la prévention des attaques chimiques et biologiques. En effet, Rumsfeld avait réussi à convaincre son opinion publique que le régime de Saddam Hussein détenait encore quelques armes de destruction massive, qu’il lui avait lui-même vendues pendant la guerre Iran-Irak, et que Bagdad envisageait de les utiliser contre le peuple états-unien.
Des républicains, anciens membres du gouvernement Reagan, réunis dans le groupe de réflexion Project for the New American Century 4 demandèrent donc au président démocrate de bombarder une usine au Soudan qui appartenait à des saoudiens, auxquels certains d’entre eux étaient associés dans une société américaine. Ceux-ci feront partis du gouvernement Bush Jr en 2000. En effet, on trouve William Schneider Jr accompagné de l’ensemble des ténors des néoconservateurs, Wolfvowitz, Rumsfeld, Tenet, Woolsey, siégeant dans des commissions gouvernementales.
William Schneider est aussi un proche de Christine Lagarde, membre du gouvernement de De Villepin et actuelle ministre des finances. Lagarde fut l’attachée parlementaire stagiaire de William S.Cohen coprésident de Empower America avec Jack Kemp. William Cohen deviendra secrétaire à la défense de Clinton tandis que Lagarde sera par la suite membre du Center for Strategic and International Studies [CSIS] 5 le think-tank du lobby pétrolier aux États-Unis, au sein duquel elle coprésidera avec l’actuel conseiller de Barack Obama, Zbigniew Brzezinski 6, la commission Action USA-UE-Pologne 7 et suivra plus particulièrement le groupe de travail Industries de défense USA-Pologne et les questions liées à la libéralisation des échanges polonais. Lagarde fut donc une des responsables du USA-Poland Defense Industries working group qui traitait de l’installation du volet offensif de l’ABM 8 en Pologne. Jack Kemp s’est également impliqué dans le programme ABM si l’on en croit un document qu’il a signé en 1998 et qui fut diffusé par le Washington Times dans lequel il mentionne la dangerosité de ben Laden pour théoriser de l’utilité de l’ABM.
Pourquoi et comment ces responsables politiques peuvent-ils être les associés d’un milliardaire accusé d’avoir financé les terroristes du 11 Septembre ? Et que penser des liens de ces saoudiens avec l’affaire Sawari-2 qui est autrement connue sous le nom de l’affaire Clearstream-3 9, l’affaire des rétro-commisions sur la vente de frégates à l’Arabie Saoudite qui auraient été touchées par certains hommes politiques, affaire qui continue à faire couler beaucoup d’encre ? D’après l’Economiste 10, un quotidien marocain, Mohammed Hussein al-Amoudi est président du Al Amoudi Group Compagny Ltd d’Arabie Saoudite, l’un des principaux conglomérats du royaume, dont le directeur général est Ali ben Mussalam, impliqué dans l’affaire du contrat d’armement Sawari-2. Mohammed Hussein al-Amoudi et Khaled ben Mahfouz sont tous deux actionnaires de WorldSpace.
Dans son livre « Le coupable idéal » aux Editions Privé, Imad Lahoud qui est suspecté d’avoir falsifié les listing de Clearstream - mais l’ont-ils vraiment été ? - écrit qu’il aurait déclaré à Nicolas Sarkosy : « Ecoutez, la seule chose que j’ai évoquée avec Philippe Rondot, ce sont des comptes que vous auriez en Italie à propos de rétro-commissions sur le contrat d’armement Sawari-2. Je me dis que c’est le genre de chose qui ne devrait pas lui faire plaisir. Je voulais l’agacer. Je réussis mon coup au-delà de toutes mes espérances. Devant moi, Sarkozy explose littéralement de rage » 11
Revenons à William Schneider. C’est un personnage politique influent aux USA, membre du PNAC, think-tank neoconservateur qui a argumenté dans une lettre 12 adressée à Clinton en 1998, la nécessité, déjà, de bombarder l’Irak prétextant un risque imminent pour les USA en s’appuyant sur la doctrine de la guerre préventive. William Schneider est l’un des promoteurs de l’IDS, l’Initiative de Défense Stratégique dite aussi « Guerre des étoiles ». Il a soutenu le concept de l’utilisation de bombes nucléaires dans le cadre de la guerre préventive.
Ce personnage est aussi l’associé de Mohamed Hussein al-Amoudi, fondateur du groupe Mohamed International Development Research and Organisation Company (Midroc) qu’il dirigeait aux côtés d’Ibrahim ben Ali ben Mussalam, l’un des principaux gestionnaires de la fortune du roi Fahd et qui a tenu un rôle de négociateur pour le contrat des frégates Sawari.
Schneider est donc à la fois un des protagonistes de la désinformation sur les armes de destruction massive en Irak par ses pressions sur Clinton et un proche des protagonistes de l’affaire Clearstream-3, cabale contre Dominique De Villepin, par ses liens avec ben Mussalam. William Schneider est aussi un administrateur d’EADS Etats-Unis et il était à ce titre l’un des principaux interlocuteurs du très américanophile Louis Gergorin, le corbeau de l’affaire Clearstream et l’un des fondateurs de la French American Foundation. Dominique De Villepin a été l’un des rares hommes politiques d’envergure internationale à dénoncer en 2003 la désinformation autour des armes de destruction massive. Dans son discours à l’ONU, il dénonce aussi les liens imaginaires entre Sadam Hussein et les attentats du 11 Septembre. A ce titre, il s’est attiré les foudres des néconservateurs « va t’en guerre », et il n’est pas étonnant qu’il puisse lui-même être victime d’une campagne de désinformation orchestrée par ceux-ci.
Pour être complet, il faut souligner que William Schneider a développé le concept de PO2G. Il s’agit d’une doctrine subversive visant à inciter les organisations terroristes à passer à l’action pour mieux les détruire. En clair, cette doctrine vise à promouvoir des attentats pour susciter une résistance qui pourra ensuite être anéantie par la suprématie militaire US. William Arkin 13 dans le Los Angeles Times, offre un excellent article détaillé sur l’ensemble des dépenses que les différents services militaires vont diriger vers de nouvelles capacités d’action clandestines, et accorde une attention particulière à la résurrection de l’ancien Intelligence Support Activity (ISA) de l’ex secrétaire à la défense de Reagan Franck Carlucci, rebaptisé Grey Fox qui propose d’institutionnaliser les activités du Groupe d’Opérations proactives et préventives (P2OG) afin de lancer des opérations secrètes visant à stimuler des réactions parmi les terroristes et les Etats possédant des armes de destruction massive, Autrement dit, il s’agit d’encourager des cellules terroristes à passer à l’action et les exposer à de promptes ripostes de la part des forces américaines.
Les attentats du 11 Septembre seraient, selon le rapport de la commission d’enquête, une défaillance des services des renseignements. Pourtant, le 19 juin 2005, le Times Herald révèle l’existence d’une unité de renseignement militaire « Able Danger » qui avait, selon toute vraisemblance, identifié Mohamed Atta et trois autres pirates du 11 Septembre (Nawaf Alhazmi, Khalid Almihdhar, Marwan Alshehhi) plus d’un an avant les attentats. Les quatre hommes sont identifiés comme membres d’al-Qaida oeuvrant aux Etats-Unis, dans la cellule dite de Brooklyn 14. Cette unité de renseignement est une cellule secrète d’espionnage économique créée en 1999 sous l’administration Clinton. Elle deviendra par la suite l’héritière du réseau Gladio Stay Behind. Elle reprend le flambeau de Franck Calucci, patron du réseau US-ISA utilisé pour la prise d’otage à Téhéran en 1980. Pour cette opération, le gouvernement américain se servira des services de la BCCI de ben Mahfouz pour transiter les fonds de l’affaire Iran-Contras dirigée par le Lt Colonel Oliver North condamné en 1988 puis intégré par le Pentagone dans la chaîne Fox News, en tant qu’expert et analyste pour commenter le 11 Septembre. C’est le colonel Anthony Shaffer qui révéla l’identification de Mohamed Atta, mais l’armée ne voulut pas transmettre ces informations au FBI de John O’Neill 15.
Dans « Ben Laden, la vérité interdite » co-écrit avec Guillaume Dasquié, J.C. Brisard racontera sa réunion, à Paris, en août 2001, avec John O’Neill, ancien coordinateur de la lutte antiterroriste aux États-Unis, devenu numéro 2 du FBI à New-York chargé de la sécurité nationale, le directeur adjoint de la DST, responsable de la lutte anti-terroriste, et l’ancien chef de la section antiterroriste du Parquet de Paris Alain Marsaud.
En 2007, Guillaume Dasquié sera mis en garde à vue à la DST en raison, entre autres, de ses révélations sur le 11 septembre 2001. L’article qui a énervé les services de renseignement remonte au 16 avril 2007. Sur deux pages, dans Le Monde, titrées « 11 septembre 2001 : les Français en savaient long » le journaliste raconte avoir consulté 328 pages de rapports de la DGSE rédigées entre juillet 2000 et octobre 2001, détaillant l’état des connaissances des services secrets français sur la nébuleuse al-Qaida. Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, décide de porter plainte contre le journaliste. Les autorités cherchent à connaître par quels moyens il a obtenu ces documents classifiés, en clair, qui à la DGSE les lui a transmis, en violation avec les droits des journalistes de ne pas divulguer leurs sources. Alors qui a-t-il contrarié par ses révélations ? La plainte contre lui pour « détention de documents classés secret défense » et « divulgation de fichiers ou de renseignements classés secret défense » officialise des informations qui jusque là auraient pu passer pour des rumeurs infondées.
Mais revenons à Pearl qui, bien qu’il n’ait pas encore saisi tous les aspects de ce jeu, fut le premier à avoir perçu l’imminence de cette guerre. Au tout début de l’année 2002, Pearl sera enlevé puis décapité au Pakistan. Il s’y était rendu pour mener l’enquête sur le terroriste aux chaussures explosives du vol Paris New-York, Richard Reid. Alors qu’il devait interviewer le cheikh Mubarak Ali Shah Gilani, un chef terroriste présumé, Pearl est enlevé par des activistes du « Mouvement national pour la restauration de la souveraineté pakistanaise » dirigé par un djihadiste nommé Omar Sheikh. Ce groupe, qui entretenait des contacts à la fois avec al-Qaida et avec l’ISI 16, prétendit que Pearl était un espion et, utilisant le courriel kidnapperguy@hotmail.com, présenta aux USA plusieurs demandes dont la libération de plusieurs détenus pakistanais et la reprise de la vente de F-16 au gouvernement pakistanais.
J.P. Cloutier dans ses Chroniques de Cybérie, a établi les étapes de cette affaire trouble.
Le 3 mars, le secrétaire d’État Colin Powell déclare en entrevue à la chaîne CNN n’avoir aucune preuve de l’implication des services secrets pakistanais (ISI) dans l’enlèvement du journaliste Daniel Pearl. Le même jour, toujours à CNN, on demande à l’ambassadeur du Pakistan à Washington, pourquoi le principal suspect Omar Sheikh a été détenu et interrogé pendant sept jours par l’ISI avant d’être livré aux autorités policières. Réponse : ce qui comptait c’était de ne pas informer le public et les autres ravisseurs de sa détention.
Le lendemain, le gouvernement pakistanais informe officiellement les autorités étasuniennes que le principal suspect dans l’enlèvement du journaliste Daniel Pearl sera d’abord jugé au Pakistan avant de procéder à toute demande d’extradition aux États-Unis. Selon le quotidien pakistanais Dawn, le ministère public se heurte toutefois à certaines difficultés : les présumés complices de Omar Sheikh sont toujours en liberté et le corps de Pearl n’a pas été retrouvé.
Le 5 mars, le quotidien Dawn qui cite des sources policières rapporte que ces dernières mettent en doute l’authenticité de la bande vidéo de l’assassinat de Pearl. De plus, il y a un fait nouveau qu’on s’explique mal. Pearl a été enlevé le 23 janvier. Le 4 février, un siège sur le vol PK-757 de la Pakistan International Airlines en direction de Londres est réservé en son nom. Le billet est annulé le 8 février par l’acheteur qui demeure inconnu.
Le 7 mars, le président pakistanais Pervez Musharraf commente ainsi la disparition de Daniel Pearl : « Il cherchait à en savoir trop. Il s’est trop investi dans son enquête. Il y a un danger dans cette profession. Nous devons être prudents. » Musharraf n’a pas précisé pour qui les journalistes curieux représentaient un danger, pas plus que ce qu’englobait ce »nous » qui doit être prudent.
Le 9 mars, c’est dans un fourgon blindé que le principal suspect, Omar Sheikh, a été amené devant un tribunal de Karachi pour l’audition d’un témoin important. Un chauffeur de taxi aurait vu Omar Sheikh accueillir Daniel Pearl au restaurant d’où il est disparu. Enfin, le 11 mars, le Times of India revient sur l’étrange déclaration de Pervez Musharraf et pose directement la question : Pearl aurait-il découvert certains secrets embarrassants pour les services de renseignement pakistanais, l’ISI ? Un observateur suggère : « Relisez le journal que Omar Sheikh tenait alors qu’il était emprisonné en Inde. Il est rempli de références élogieuses à l’endroit de l’homme qui l’a inspiré. Et cet homme est Shah Sahab, l’ancien agent de renseignement de l’ISI à qui Omar Sheikh s’est rendu le 5 février. »
Un tribunal de Karachi accordait un délai ultime au ministère public, le 20 mars, pour inculper formellement Omar Saeed Sheikh pour sa participation dans l’affaire Daniel Pearl, à défaut de quoi il serait extradé aux États-Unis. Les procureurs ont déclaré que si l’enquête piétine, c’est que de nombreux complices sont toujours au large et qu’ils sont confrontés à de fausses identités. L’épilogue de cette histoire sera signé du président pakistanais Pervez Musharraf qui déclara dans ses mémoires que Omar Sheikh était un agent double travaillant pour l’ISI et les services du MI6 de sa gracieuse majesté la reine d’Angleterre.
Les attentats du 11 Septembre ont été largement exploités par l’Office of Strategic Influence pour justifier la guerre en Irak en présentant Sadam Hussein comme un soutien d’al-Qaida. Or, l’Irak est un pays laïque et ben Laden un islamiste fervent, et toute alliance est improbable entre eux. William Schneider est une pièce essentielle de ce dispositif de désinformation mis en place par les néoconservateurs du PNAC. Daniel Pearl, journaliste d’investigation dans la plus pure tradition de ce métier à haut risque, a payé de sa vie sa recherche de la vérité. La piste de Richard Reid, le terroriste aux chaussures explosives du vol Paris New-York de décembre 2001, l’a mené au Pakistan, au coeur de l’échiquier international de la terreur. Ce qu’il était sur le point de découvrir, ou ce qu’il avait déjà découvert, lui a certainement valu le sort tragique qui lui a été réservé.
Rédaction Geopolintel
Tous droits de reproduction réservés.
Notes
(1) Testimony before Senate Judiciary Committee Subcommittee” par James R.Woolsey, 3 septembre 1998
(2) Top investigator in 9/11 victims’s lawsuit faces libel action” par Ken Silverstein, Los Angeles Times, 26 février 2003
(3) Le Réseau Voltaire est une association française, fondée en 1994, dont les buts d’origine étaient « la promotion de la Liberté et de la Laïcité ». Elle oeuvrait à « l’émancipation des individus face aux dogmes et aux empires. » Depuis, elle a évolué en un « réseau international de presse non-alignée » en s’appuyant sur un site internet multilingue qui rassemble des agences de presse et des journaux d’Amérique latine, d’Europe et du Monde arabe. Elle organise en 1995 la conférence Axis for Peace afin de mobiliser un mouvement anti-impérialisme états-unien et contre la politique de l’état d’Israël. Son président, Thierry Meyssan, a suscité une vaste polémique au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 en affirmant dans un livre « L’effroyable imposture » qu’ils avaient été organisés par une faction du complexe militaro-industriel américain afin de pouvoir justifier des interventions des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Le département d’État américain sous l’administration de George W. Bush a déclaré Thierry Meyssan persona non grata sur le territoire des États-Unis et celui-ci expliqua son exil au Liban en 2008 comme suit : « jusqu’en mai, les autorités françaises (gouvernement Chirac) ont garanti notre sécurité physique, notre liberté de circulation et d’expression. Il en va autrement aujourd’hui (élection Sarkozy) : les pressions sont plus fortes, elles s’étendent à notre entourage, et nous ne pouvons plus compter sur la bienveillance de la France ».
(4) Le Projet pour le Nouveau Siècle Américain est un groupe de réflexion néoconservateur américain, fondé en 1997, qui réunissait beaucoup des anciens membres du gouvernement Reagan et dont l’objectif affiché était de promouvoir l’hégémonie des États-Unis sur le reste du monde. Cette organisation a exercé une forte influence sur les hauts fonctionnaires du gouvernement des États-Unis durant les mandats de George W. Bush et a eu une incidence très importante sur le développement militaire et la politique étrangère de ce pays pendant cette période, particulièrement en ce qui concerne la sécurité nationale et la guerre en Irak. En janvier 1998 déjà, dans une lettre ouverte au président Clinton, ses membres appelèrent explicitement à mener une campagne en Irak pour renverser Sadam Hussein.
(5) Le Center for Strategic and International Studies ou CSIS est un groupe de réflexion et d’influence sur la politique étrangère états-unienne. Il fut originellement créé avec l’objectif d’encourager un lien fort entre Européens et américains face à l’URSS. Il compte dans son conseil d’administration Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger, secrétaire d’état de Nixon puis de Ford, et James Woolsey, ancien directeur de la CIA. Le centre est à l’origine de la déclaration commune pour une renouvellement du partenariat transatlantique faite au plus fort de la guerre américaine contre l’Irak.
(6) Zbigniew Brzezinski, politologue américain d’origine polonaise, a été conseiller à la sécurité nationale du Président Jimmy Carter et était présenté pendant la dernière campagne présidentielle US comme l’inspirateur de la future politique extérieure d’un éventuel président Obama. Il a notamment écrit Le Grand Échiquier dans lequel il théorise l’idée que l’amélioration du monde et sa stabilité dépendent du maintien de l’hégémonie américaine. Toute puissance concurrente est dès lors considérée comme une menace pour la stabilité mondiale. Mais contrairement à l’unilatéralisme des néoconservateurs, il prône une alliance USA/Europe car la matérialisation de la doctrine Brzezinski, qui veut qu’ « Une puissance qui domine l’Eurasie contrôlerait deux des régions du monde les plus avancées et économiquement productives », passe par l’extension de l’OTAN vers l’Est et l’encerclement de la Russie, par la déstabilisation des états (révolutions de couleur et coups d’état) qui l’entourent pour reprendre son idée de la « ceinture verte d’étranglement de l’ours russe ».
(7) Pour le CSIS, la Commission Action USA-UE-Pologne a mis en place un groupe, le US-Poland Defense, chargé de promouvoir la coopération américano-polonaise dans l’industrie de la défense. Madame Christine Lagarde en était encore la vice-présidente lors de sa prise de fonction ministérielle du gouvernement De Villepin, et y représentait les intérêts américains. Elle travaillait à l’intégration des systèmes de défense entre les deux pays, au développement de l’industrie de défense polonaise, conformément aux recommandations de Stanley Glod, vice-président de Boeing Europe, rival d’Airbus. Elle préparait des programmes d’entraînement, en coopération avec l’américain Lockheed Martin.
(8) Le traité ABM (anti-missiles balistiques) fut signé à Moscou en 1972 dans le cadre des négociations sur la limitation des armes stratégiques et complété par le protocole du 3 juillet 1974 entre l’URSS et les États-Unis, puis confirmé par la Russie pour une durée illimitée. Mais le 13 décembre 2001, argant des attaques sur son sol du 11 Septembre, les États-Unis annoncèrent leur retrait du traité ABM, permis par l’article XV qui prévoyait sa dénonciation du fait « d’événements extraordinaires » en rapport avec l’objet du Traité, ayant compromis ses intérêts suprêmes. Ils ne font plus parti, depuis le 13 juin 2002, de cet accord qui reste respecté par les autres puissances atomiques qui l’ont signé. Ce retrait unilatéral des Etats-Unis a fait sauter le verrou qui empêchait le développement du bouclier spatial du programme « Initiative de défense stratégique » (IDS) ou « Guerre des étoiles » initié par l’administration Reagan
(9) Clearstream 1 - affaire des rétro-commissions sur la vente de frégates : 2001, ouverture d’une information judiciaire, confiée aux juges Renaud van Ruymbeke et Dominique de Talancé, sur la vente des frégates par la France à Taïwan en 1991, qui aurait donné lieu au versement de commissions à des hommes politiques français. Clearstream 2 - scandale financier de la chambre de compensation internationale Clearstream : 2001, publication de Révélation$ et de La Boîte noire, écrits par Denis Robert, journaliste, sur des informations de E. Backes, ancien numéro trois de Cedel International (devenu Clearstream après sa fusion avec Deutsche Börse Clearing). Backes, licencié en 1983, a affirmé qu’il existait un système de comptes non-publiés, qui aurait été mis en place dans les années 1970, et généralisé après son départ. Ce système de comptes, en se servant du système légal de compensation inter-bancaire permettant l’effacement des traces des transactions, aurait fait de Clearstream une plate-forme mondiale de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent. Clearstream 3 - affaire EADS-Clearstream ou affaire du corbeau des frégates de Taïwan : 2004, scandale politique qui éclate par l’envoi de deux courriers anonymes et d’un cédérom à la justice française, dans lesquels un corbeau accuse des personnalités politiques et de l’industrie, de posséder des comptes secrets chez Clearstream, liés à l’affaire des rétro-commissions de Clearstream 1 et de Sawari 2. A sa suite, la presse dévoile l’existence d’un rapport de la DST sur l’affaire Clearstream dans lequel Jean-Louis Gergorin, vice-président du groupe industriel EADS, figurerait comme le corbeau de l’affaire. Une polémique éclate entre Dominique De Villlepin et Nicolas Sarkozy, lequel accuse De Villepin d’instrumentaliser cette affaire dans le but de lui nuire politiquement.
(10) http://www.leconomiste.com/print_article.html?a=64880
(11) http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2207/articles/a333895-les_%C3%A9tranges_confessions_dimad_lahoud.html
(12) http://www.newamericancentury.org/iraqclintonletter.htm
(13) William M. Arkin 10/27/2002 Los Angeles Times Home Edition Page M-1
(14) http://www.historycommons.org/essay.jsp?article=essaykhalidandnawaf
(15) http://www.historycommons.org/entity.jsp?entity=anthony_shaffer
(16) L’Inter-Services Intelligence ou ISI, est la plus importante des trois branches des services de renseignements du Pakistan. Ce service se fait connaître sur le plan mondial lors de la guerre d’Afghanistan lorsque, avec les services américains (CIA) et saoudiens, il a largement aidé et formé les moudjahidines contre l’Armée rouge et le gouvernement afghan d’alors. En 2001, le FBI démontra que le directeur de l’ISI, le Général Mahmoud, avait donné instruction à Ahmed Omar Cheikh, bras droit de ben Laden, de transférer 100.000 dollars au pirate de l’air du WTC, Mohammed Atta.
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mardi 1er décembre 2009
Chapitre I
Le 7 août 1998, le Kenya et la Tanzanie étaient plongés dans l’horreur avec l’explosion simultanée de voitures piégées devant les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam. Trois jours après, l’Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans revendiquait les opérations dans plusieurs communiqués. Tous les regards convergèrent alors vers Oussama ben Laden, lequel est soupçonné de financer les groupuscules islamistes et de les fédérer à travers son organisation al-Qaida.
Quelques jours plus tard, Bill Clinton ordonna le bombardement de plusieurs camps d’entraînement d’al-Qaida en Afghanistan ainsi que la destruction de l’usine pharmaceutique d’Al Shifa près de Khartoum au Soudan, accusée de produire des armes de destruction massive.
Cette initiative fut lancée en violation flagrante de la souveraineté territoriale du Soudan et dans le mépris absolu de toutes les règles, lois et traités internationaux, au premier rang desquels la Charte de l’Organisation des Nations Unies. Les allégations avancées par l’administration américaine pour légitimer ce bombardement se sont avérées non fondées. Des personnalités connues pour leur neutralité et leur objectivité, des scientifiques et des experts de premier plan ont réfuté les arguments américains en démontrant leur fausseté. Tom Carnavin, ex-directeur d’Al Shifa, a pu témoigner que l’entreprise n’avait aucune capacité à produire des armes chimiques et que contrairement aux assertions américaines l’unité n’était pas protégée par un dispositif de sécurité renforcée. De son côté, Henri Jop, ingénieur américain qui dessina les plans de l’usine, confirma que son unique destination ne pouvait être que la production de médicaments, ce point ayant été assuré par les maîtres d’œuvre jordaniens qui avaient dirigé sa construction. D’autres réfutations tout aussi incontestables ont été publiées dans les plus grands organes de presse occidentaux tels que The Observer et The Independent au Royaume-Uni ou le New York Times.
Les Etats-Unis ont besoin de se donner bonne conscience avant d’entreprendre toute action agressive pour normaliser les nations récalcitrantes à leur domination mais aussi de conditionner les opinions publiques mondiales pour qu’elles acceptent sa politique d’hégémonie. Ainsi, l’offensive médiatique devance et prépare l’offensive militaire. Elle est destinée à convaincre les parlementaires du congrès américain qui votent les budgets ainsi que les militaires qui accomplissent les buts de guerre, de la légitimité morale des agressions meurtrières entreprises sous prétexte de sécurité nationale.
La destruction par des missiles de croisières de l’usine d’Al Shifa en fut une illustration parfaite. Après avoir soutenu, sans preuves, qu’elle abritait une unité de production d’armes chimiques et notamment de gaz innervant VX, il fallut bien, aux experts du Pentagone et de la CIA, finir par convenir qu’ils s’étaient trompés ! Les études, analyses et contre-expertises réalisées par des laboratoires indépendants et contenues dans le rapport très circonstancié de l’ambassadeur de la république d’Allemagne ont en effet balayé les déclarations américaines et démontré l’illégitimité de l’agression perpétrée contre le Soudan.
Reste que dans l’opinion publique internationale le mal était fait : les démentis et correctifs n’ayant été publiés que sous forme de brèves de bas de page, le grand public en resta aux motifs invoqués lors du bombardement. En matière de propagande et de désinformation celui qui prend l’initiative et qui a le contrôle sur les réseaux planétaires de communication et de diffusion de l’information est assuré d’être toujours gagnant. La manipulation d’Al Shifa a été le prélude de la guerre préventive et de la guerre au terrorisme.
Dans un article de Daniel Pearl intitulé « Dans le bombardement du Soudan, la preuve dépend du point de vue où l’on se place » qui a été publié par le Wall Street Journal le 28 novembre 1998, le journaliste avait compris que les représailles en réponse aux attentats de Dar El Salam et Nairobi, attribués à al-Qaida, n’étaient qu’une opération de désinformation. Pearl y démontra ainsi que le prétexte avancé par le gouvernement ne tenait pas, et que les véritables raisons de l’attaque sur l’usine chimique étaient autres. Mais Pearl alla plus loin encore, il avait compris que cette manipulation de l’information était le prélude à une guerre à venir, la conclusion prémonitoire de son article était : « Ce sera une guerre sale ».
Ce qui suit est le texte intégral de cet article remarquablement renseigné qui contient beaucoup d’indications qui se vérifieront les années suivant sa parution. L’homme qui a fait ce travail d’enquête sera assassiné dans des conditions pour le moins troubles en 2001.
« KHARTOUM, Soudan — Saleh Idriss, investisseur soudanais, rencontre quelques problèmes : son usine est en ruines, ses comptes dans une banque américaine sont gelés et les services de renseignement américains le présentent comme un homme de paille du terroriste islamiste Oussama ben Laden.
Si ceci est vrai, et M. Idriss a juré ses grands Dieux que c’est faux, on peut penser que cela contribue à expliquer pourquoi les missiles de croisières américains ont détruit le 20 août dernier l’usine pharmaceutique de Al Shifa en représailles d’attentats contre des ambassades des Etats-Unis en Afrique. En fait, au moment même où les missiles de croisière partaient des bateaux de guerre américains, les responsables du renseignement américain avouaient ne savoir que peu de choses sur Idriss, et ne savaient pas qu’il avait acheté quelques mois auparavant l’usine de Al Shifa. Pourtant, depuis le bombardement, des sources diverses leur ont fourni des informations selon lesquelles Al Shifa était liée à OUssama ben Laden et ses tentatives pour se doter d’armes chimiques.
Certains alliés des Etats-Unis et quelques autorités de Washington ne sont toujours pas sûrs que les Etats-Unis aient frappé le bon objectif et il se pourrait bien qu’on ne connaisse jamais toute la vérité sur Al Shifa, masquée qu’elle est par le kaléidoscope politique de la lutte antiterroriste. La preuve essentielle est un morceau de terre ramassé près de l’usine et que les Américains estiment contenir un produit chimique dont on se sert pour fabriquer des gaz neurotoxiques. Mais plus on y regarde de près, plus les choses s’obscurcissent.
L’histoire de l’usine de Al Shifa est assez embrouillée et M. Idriss, un millionnaire auquel sourit la fortune à l’image de ceux que le Moyen-Orient génère souvent, est un investisseur non moins hardi qui a accepté d’acheter l’usine en mars après une visite bien superficielle. Il ne peut affirmer que l’usine de Al Shifa n’a jamais produit d’ingrédients destinés à la fabrication d’armes chimiques, étant donné qu’il était encore en train d’étudier en profondeur les installations les installations lorsque les Américains les ont détruites. Certains de ses contrats au Soudan l’ont mis en relation avec des personnes qui avaient eu contact par le passé avec M. Bin Lâdin ou ses sociétés, bien que M.Idriss soutienne que ses contacts étaient sans importance. Il prétend qu’il avait l’intention de réorganiser Al Shifa pour partir à la conquête des marchés pharmaceutiques d’Afrique et du Moyen-Orient.
Les Américains avaient des raisons de penser que le Soudan souhaitait se doter d’armes chimiques. Il est en guerre civile avec des rebelles soutenus par les Américains, dispose de trop peu d’argent pour se fournir en armement conventionnel et n’a pas signé de traité contre la détention des armes chimiques. Et comme le pays a autrefois donné asile à des terroristes, les Américains prétendent qu’ils doivent prendre très au sérieux les rapports selon lesquels M.ben Laden et l’Iraq aideraient le Soudan à se doter d’armes chimiques.
Les autorités américaines affirment que le principal argument pour prendre Al Shifa comme cible était et reste cet échantillon de terre qu’on leur a remis en janvier et dont ils disent qu’il a été ramassé à un jet de pierre de Al Shifa par un agent entraîné par la CIA, lui-même surveillé par un autre agent. Les autorités affirment que trois tests séparés pratiqués sur l’échantillon de terre ont montré une forte densité d’une substance, connue sous le nom de EMPTA, dont on peut facilement faire un gaz neurotoxique mortel.
Toutefois d’autres maillons de la chaîne de preuves qu’ont présentées les officiels américains sont beaucoup plus fragiles que ce qu’avaient laissé entendre les rapports précédents. Les Américains n’ont cessé de répéter que l’usine faisait partie d’un complexe de la société d’Armement Militaire, le fabricant d’armes du gouvernement soudanais. En outre malgré les articles de presse qui expliquaient que les Américains avaient intercepté des communications entre l’usine et l’Iraq, un membre des services de renseignement américain a reconnu que tout ce que les Américains avaient en fait découvert, c’était des enregistrements indiquant que des membres de la direction de Al Shifa avaient commencé à se rendre en visite en Iraq l’an dernier.
Les autorités supposent que les entretiens portaient sur les armes chimiques parce qu’ils avaient lieu dans une usine pharmaceutique dirigée par celui qu’ils considéraient comme le numéro 1 du programme iraquien sur le gaz neurotoxique VX : Emad Ani. Mais les dirigeants de Al Shifa affirment qu’ils n’ont eu que des entretiens techniques sur un accord de coopération industrielle et qu’ils n’ont jamais eu de contact avec l’homme en question. L’inspecteur en armement des Nations Unies qui est le plus au contact de l’usine iraquienne déclare que M. Ani est un des hauts dirigeants de la Société d’Etat qui possède l’usine mais n’a jamais été directement associé à son fonctionnement.
Interrogé sur le bombardement américain, M. Idriss répond : « Je pense que c’est le résultat d’une erreur ». Mais quand on l’interroge sur les rumeurs qui ont couru sur lui depuis le bombardement, il répond : « Cela vient de Moubarak ». Il parle de Moubarak Fadi Al Mahdi, un ténor de l’opposition soudanaise qui est en bisbille depuis plus d’un an avec M. Idriss pour des questions d’allégeance politique. M. Mahdi reconnaît avoir commencé à se renseigner sur l’usine après avoir appris en mai que M. Idriss l’avait achetée. Cinq jours après la frappe de missiles de croisière, il a diffusé un communiqué dans l’organe d’information de l’Alliance Démocratique, un groupe de dissidents, communiqué par lequel il accusait M. Idriss d’avoir investi dans un projet militaire soudanais. Des officiels américains ne vont pas tarder à donner de l’écho à cette déclaration. M. Mahdi s’en prit aussi directement à Al Shifa en affirmant que son personnel comportait des scientifiques et des techniciens iraquiens. Il insistait en soulignant que la plupart des installations pharmaceutiques au Soudan n’emploient pas en priorité des experts étrangers.
M. Mahdi nie s’être ouvert de ses soucis à quiconque avant le bombardement et les autorités du renseignement américain nient avoir fait confiance à quiconque aurait cherché à s’en prendre à Al Shifa et par-là à M. Idriss. Toutefois, c’est un secret de polichinelle que les autorités américaines, n’ayant pas d’ambassade à Khartoum qui pourrait leur servir de poste d’observation, ont toujours cherché à se renseigner sur des armes chimiques auprès de la dissidence et que les gouvernements amis comme l’Egypte reçoivent aussi leurs renseignements des membres de l’opposition soudanaise.
M. Idriss faisant référence à ses propres relations avec l’opposition soudanaise, prétend qu’il est loin d’être le genre de personnes à qui le gouvernement soudanais actuel ferait confiance pour prendre part à un projet militaire sensible. Son avocat pour le marché de Al Shifa, par exemple, qualifie de dictature le régime en place.
Ceci dit, M. Idriss reconnaît aussi faire des affaires avec des personnalités du régime dont Abdul Baset Hamza, ancien ingénieur du gouvernement qui soutient avoir supervisé un chantier de construction de route conduit pour une société qui appartenait à Oussama ben Laden lorsque celui-ci était en exil au Soudan. M. Hamza construit maintenant des usines militaires pour le régime fondamentaliste du Soudan. Il prétend avoir tenté de décider M. ben Laden à investir dans une compagnie de téléphone et une usine de fabrication d’obus de mortiers, mais l’islamiste a refusé de mélanger ses capitaux avec ceux du gouvernement. Toutefois, plus tard, M. Hamza a obtenu que M. Idriss investisse dans la compagnie de téléphone et dans la construction d’un laminoir.
Les avocats de M. Idriss à Washington essaient maintenant de convaincre le ministère de la justice qu’il n’a aucun lien avec Oussama ben Laden et que le gouvernement devrait libérer les fonds qu’il a en dépôt à la Bank of America. Seulement les officiels du renseignement américain ne veulent rien savoir. Ils ont déclaré lors d’un entretien qu’ils ont trouvé des preuves de ce que M. Idriss aurait accepté de l’argent d’un membre du Jihad islamique égyptien, mouvement lié à Oussama ben Laden. M. Idriss nie tout en bloc.
En outre, ses conseillers sont en train d’enquêter auprès des employés de Al Shifa et tentent de réunir des laboratoires indépendants pour analyser le sol près du site de l’usine. Mais des officiels américains et des experts en armement chimique prétendent qu’il n’est pas sûr que l’EMPTA résiste à la chaleur provoquée par l’explosion des têtes militaires des missiles. Les Américains, en partie pour cette raison, empêchent toute enquête du conseil de sécurité des Nations Unies. Cependant, les dirigeants de Al Shifa soutiennent que les documents qui étayaient leurs dires ont été détruits par les bombardements. Des amis [d’Idriss] assurent qu’imaginer Idriss soutenant des islamistes purs et durs est absurde parce que, bien que mulsuman pratiquant, il ne partage pas le puritanisme de M. ben Laden. M. Idriss apprécie les chansons d’amour soudanaises, a un luth arabe sur le canapé de chacune de ses maisons du Caire, de Jeddah, de Khartoum et de Londres et ses amis assurent qu’il n’empêche personne de boire de l’alcool dans les soirées qu’il organise. Deux de ses associés rappellent qu’il a refusé d’investir dans des boutiques de souvenirs à la sortie des mosquées parce qu’il craignait que l’argent récolté serve à acheter des armes pour la Bosnie.
Quoique son ascension de simple comptable de banque au statut de millionnaire suscite des soupçons ici, ses amis soutiennent qu’il ne cache aucun secret. M. Idriss est le protégé et parfois le partenaire financier de deux hommes d’affaires séoudiens qui évitent toute publicité et qui pourraient acheter, selon certains experts, vingt fois les affaires d’Oussama ben Laden, à supposer que l’islamiste dispose des deux cent millions de dollars qu’il est réputé avoir hérités il y a quelques années. L’un des hommes d’affaires est le Sheikh Muhammad Hussein al Amoudi, un magnat des travaux publics et du bâtiment qui a des origines éthiopiennes et qui vient de construire un luxueux hôtel Sheraton dans la capitale éthiopienne. L’autre est le Sheikh Khâlid ben Mahfoudh, un riche banquier d’origine yéménite qui est en train de reconstruire le port d’Aden, au Yémen.
M. Idriss, quarante-six ans, fils de tailleur vient d’une ville agricole du nord du Soudan. Il a émigré en Arabie Séoudite en 1976 et y a trouvé du travail comme comptable à la Banque Nationale du Commerce, qui appartient à Sheikh Khâlid. Finalement il a été admis dans le cercle restreint des proches conseillers de Sheikh Khâlid où il se mit à encaisser des commissions en trouvant des investissements pour ses amis. L’un de ses premiers contrats a été celui qu’il a passé avec la société WorldSpace, entreprise basée à Washington. Aux termes de ce contrat d’environ un milliard de dollars - on ne dira pas comment il a été passé – est sur le point d’être lancé le premier de trois satellites qui doit émettre des programmes de radio vers l’Afrique et le Moyen-Orient.
M. Idriss a également impressionné le Sheikh Khâlid en lui permettant ainsi qu’à sa banque de se désengager du scandale du blanchiment d’argent de la BCCI [ Bank of Credit & Commerce International ] raconte un intime. M. Idriss a travaillé en sous-main, renseignant les journalistes arabes et aidant à négocier un arrangement de quatre cent quarante-deux millions de dollars avec les liquidateurs de la BCCI. M. Idriss a perdu un peu de son propre argent dans une agence londonienne de la BCCI qui a fait faillite en 1991, mais ensuite, il a engagé l’ancien directeur de l’agence pour l’aider à faire fructifier ses affaires à Londres. « C’est un type bien « explique M. Idriss.
M. Idriss expose qu’il fait des affaires avec des gens liés au front islamique national (FIN) soudanais parce qu’il ne peut pas faire autrement. Mais s’il investit au Soudan actuellement, c’est parce que lorsque le gouvernement actuel tombera « Je serai en place ».
M. Idriss explique qu’il songeait à construire une usine pharmaceutique depuis des années. Seulement, Al Shifa était une création de Bashir Hassan Bashir, un partisan du FIN. Faisant appel à un architecte américain et à une entreprise chinoise, raconte M. Bashir, il construisit Al Shifa en 1993 afin de produire essentiellement pour l’exportation ce que ne faisait aucune usine pharmaceutique soudanaise.
Le Soudan est maintenant fier de son modèle de Al Shifa, mais en fait la programmation en a été très mal faite, selon des employés. M. Bashir voulait une usine de produits vétérinaires mais il avait vu trop grand. Il y inclut donc une chaîne de produits pharmaceutiques pour l’homme. Cela voulait dire qu’il fallait s’agrandir au-delà d’une route désaffectée, raconte-t-il. Des dirigeants inexpérimentés ont acheté du matériel qui ne convenait pas et les autorités soudanaises refusèrent souvent des comprimés qui venaient des chaînes de Al Shifa.
Le directeur général soudanais du site, Osman Salman, explique que Al Shifa ne pouvait payer ses fournisseurs et il passa même quelques nuits en prison pour chèques sans provisions. Alors M. Salman envoya une télécopie désespérée à M. Idriss lui demandant d’acheter Al Shifa. Il savait qu’il avait l’argent et qu’il avait acheté de nombreuses sociétés soudanaises. Les deux hommes racontent qu’ils se sont rencontrés en Arabie Séoudite où M. Salman avait dirigé une société d’alimentation avant de revenir au Soudan.
Les officiels du renseignement américain évoquent des relations entre M. Salman et M. ben Laden. M. Salman explique qu’une société de bâtiment ben Laden a loué sa maison de Khartoum en 1992. Mais la fois où il s’est approché le plus près de l’islamiste cela a été lorsque, debout dans la rue poussiéreuse à l’extérieur de la propriété, il a crié contre l’agent de M. ben Laden parce que les occupants avaient démonté les toilettes à l’occidentale de la maison, raconte-t-il.
M. Idriss se précipita à Khartoum dans les jours qui ont suivi l’arrivée de la télécopie de M. Salman dans laquelle ce dernier mentionnait qu’un consortium séoudien s’intéressait aussi à Al Shifa. M. Idriss savait que le propriétaire du site était proche du FIN, mais il savait aussi qu’il était un importateur de médicaments qui avait eu des accrochages d’ordre réglementaire avec le gouvernement. M. Idriss, après avoir jeté un coup d’œil sur l’album photo du site de Al Shifa fit une visite de vingt-quatre heures sur place, signa un accord par lequel il payait un million de dollars et endossait dix-huit millions de dollars de dettes. Puis il quitta la ville, racontent des employés.
Il confia l’expertise de l’usine à un de ses cousins, un professeur de pharmacie du nom de Idris Bubakr EtTayeb. Le Dr EtTayeb conclut rapidement qu’un tiers du personnel pouvait partir et qu’il fallait remplacer M. Salman par un spécialiste de la pharmacie. Cet été, explique le Dr EtTayeb, un ami lui a fait part de rumeurs venant des milieux de l’opposition selon lesquelles Al Shifa était un site de fabrication d’armes chimiques, mais il n’en tint pas compte parce que c’était absurde. Comment aurait-on pu fabriquer secrètement des produits chimiques à Al Shifa ? C’était une petite usine qui ne disposait pas d’installations de distillation et elle était si ouverte à tout le monde qu’il voulait restreindre les visites pour des raisons d’hygiène.
Les relations du site avec l’Irak étaient connues de l’équipe de M. Idriss. En août 1997, M. Bashir et un directeur des ventes expliquèrent qu’ils étaient allés à Bagdad avec des cartons d’échantillons de médicaments et qu’ils trouvèrent l’hôtel ArRachid inondé de commerciaux en pharmacie concurrents qui se disputaient les contrats pour approvisionner l’Iraq dans le cadre d’un programme des Nations Unies. Les commerciaux expliquèrent qu’ils étaient allés sur le site pharmaceutique iraquien de Samarra pour tenter de mettre au point un accord industriel de production. Si Samarra pouvait produire certains médicaments à Al Shifa et Al Shifa en produire d’autres en Iraq, cela réduirait les coûts et fournirait une base d’échanges commerciaux. Le Dr EtTayeb dit qu’il était au courant de cette proposition à laquelle aucune société ne donna suite, parce qu’il a participé l’année dernière à une réunion de travail de pharmaciens à l’échelon du Soudan où on l’a évoqué brièvement.
Al Shifa avait emporté une adjudication en janvier pour livrer en Irak pour cent quatre vingt-dix-neuf mille dollars de « Shifazole », un vermifuge pour animaux. Cet été, l’usine n’avait pas encore livré un seul flacon, en raison de difficultés techniques. Pour prouver que, malgré tout, l’usine était sur le point de faire un premier envoi, le Dr EtTayeb montre une centaine de flacons blancs d’un litre portant la marque Shifazole qui s’amassent maintenant sur un tas de décombres du site Al Shifa.
M. Idriss était à Londres le 20 août quand il a appris que les missiles de croisière américains avaient détruit Al Shifa. « J’ai ri », raconte-t-il en pensant que les missiles étaient en fait destinés à un autre objectif. Ensuite il prit l’avion pour rencontrer au Caire des amis de la dissidence soudanaise.
La querelle entre MM. Idriss et Mahdi est symptomatique de leur pays divisé. M. Idriss soutient le Parti démocratique unioniste, modéré et dominé par les mulsumans qui est en occurrence avec le parti mulsuman modéré de l’Umma pour la domination à venir du Soudan. Chaque parti soupçonne l’autre de nouer des accords avec le régime en place.
Moubarak Fadi Al Mahdi, ministre de l’intérieur avant le coup d’état de 1989, est connu pour être le coordinateur du Parti de L’Umma et son pourvoyeur de fonds. Lui et M. Idriss ne se sont jamais rencontrés mais se méfient salutairement l’un de l’autre. M. Idriss explique que les personnalités de l’opposition comme M. Mahdi sont la cause de ce que les soudanais ne se débarrassent pas du régime actuel. M. Mahdi prétend que la raison en est que les hommes d’affaires comme M. Idriss sont « coupables de collaboration » parce qu’ils importent du blé dans un Soudan affaibli. Le soutien que M. Idriss apporte à certains partis d’opposition a pour but de « semer une sorte de confusion » sur ses ambitions réelles, dit-il.
Au début de l’année dernière, alors que les rebelles faisaient face à une violente contre-attaque soudanaise le long de la frontière orientale, M. Mahdi est passé sur une chaîne de télévision arabe émettant de Londres, clamant qu’une compagnie de fret appartenant à un homme d’affaires séoudien originaire du Soudan transférait des armes de l’Iran au Soudan. Il s’agissait d’une allusion sans équivoque à la Trans Arabian Air Transport, une compagnie dont M. Idriss est le propriétaire. Celui-ci répondit qu’il avait découvert que sa compagnie aérienne s’était livrée à un transport non autorisé depuis l’Iran. Il déclara qu’il s’agissait de matériel destiné à la police et non d’armes de guerre, sans apporter plus de précisions.
Néanmoins, M. Idriss était furieux que M. Mahdi ne l’ait pas contacté avant de porter l’affaire sur la place publique. Il dédaigna la tentative de deux journalistes soudanais de Londres qui proposaient d’organiser une réunion de conciliation.
Le soir du bombardement de Al Shifa, M. Mahdi, contacté chez lui au Caire par deux journalistes du Wall Street Journal qui souhaitaient connaître sa réaction, put souligner des éléments qui semblaient incriminer l’usine de M. Idriss. Elle était reliée par une nouvelle route en dur avec un complexe militaire de l’Est situé à proximité, dit-il. ( La distance est de trois kilomètres, dont une partie sur une grande route très fréquentée). Le protecteur séoudien de M. Idriss, continua-t-il, a épousé une sœur de Oussama ben Laden. ( Même si c’était vrai - et selon des sources séoudiennes c’est faux - M. ben Laden et sa famille sont très éloignés en matière de convictions idéologiques ; le ministère américain de la défense a récemment confié à une entreprise de la famille la construction d’une nouvelle caserne pour les troupes américaines en Arabie Séoudite.)
Le 25 août, M. Mahdi a diffusé une télécopie prétendant que Al Shifa avait été construite en partie sur des terrains confisqués par le gouvernement et que, bien qu’officiellement propriété de M. Idriss, elle appartient en fait au FIN. M. Idriss se mit rapidement en contact avec les responsables du parti de M. Mahdi au Caire et menaça d’engager des poursuites judiciaires. M. Mahdi refusa de se dédire.
Au cours d’interviews, M. Mahdi a déclaré que le FIN au pouvoir se lançait dans les affaires et que M. Idriss, « un employé de banque », construisait des usines dans tout le Soudan. M. Mahdi prétendit que le complexe de sept usines de M. Idriss, connu sous le nom de Sariah, était un exemple des efforts du gouvernement soudanais pour repérer les usines civiles qui pourraient être reconverties à des fins militaires. Il affirma aussi que le laminoir de M. Idriss est situé à proximité d’une implantation de la Société Industrie Militaire ( Military Industrial Corp.) « qui produit vraisemblablement des gaz de combat ».
Se moquant de telles allégations, M. Idriss invita les journalistes à visiter ses sites industriels. La visite du complexe de Sariah ne révéla rien de plus militaire que des batteries de véhicules et des rangers. Le laminoir, situé à proximité d’une route déserte n’était gardé que par trois jeunes gens sans armes et vêtus de T-shirt.
Les amis dissidents de M. Mahdi le trouvèrent très convaincant sur certains points tout en reconnaissant qu’il accusait souvent sans preuve. « Je me pose des questions sur la crédibilité de Moubarak » dit une personnalité de l’opposition, Sharif Harir, en soufflant sur son cappuccino à l’American Café, le Q.G. officieux des cancans où se réunit l’opposition soudanaise dans l’Erythrée voisine. Mais l’ascension de M. Idriss « a été trop rapide. Avec une paie d’employé de banque, il n’aurait pas eu les capitaux pour investir dans des usines ».
Certains officiels américains ne font pas confiance aux dissidents mais en rencontrent souvent l’un ou l’autre à Asmara, capitale de l’Erythée. Lors d’une réception à la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis, se souvient un participant, un officier de renseignement américain déclara que les Américains s’inquiétaient de la présence d’armes chimiques au Soudan et étaient preneurs de toute information sur le sujet. Des dissidents prétendent avoir transmis une liste de suspects mais que Al Shifa n’en faisait pas partie.
Des officiels du renseignement américain disent que Al Shifa avait attiré leur attention l’année dernière en raison de rapports de sécurité la concernant. Ensuite, ils avaient eu connaissance de la visite des dirigeants de Al Shifa à Samara. Les officiels du renseignement américain disent qu’ils savaient que Al Shifa avait remporté une adjudication en Irak mais qu’ils ne comprenaient pas pourquoi les soudanais aurait utilisé la société « Samara Drug » comme intermédiaire.
L’Irak n’inspire pas à proprement parler la confiance lorsqu’on aborde la question des armes chimiques. C’est l’un des rares pays à les avoir utilisées. Selon des rapports non confirmés, l’Irak aurait fait héberger ses armes non conventionnelles dans des pays amis pour éviter qu’on ne les repère. Et l’Irak a été surpris en train de fabriquer du VX par le procédé de l’EMPTA.
C’est pourquoi expliquent les officiels américains, ils ont décidé de rechercher l’EMPTA ainsi que d’autres produits chimiques en analysant des échantillons du sol de sites suspects au Soudan. Al Shifa a été « le coup au but » on dit les officiels du renseignement américain. Selon eux les résultats des analyses ont été connus au cours de l’été et les enquêteurs ont commencé à planifier une seconde série d’analyses autour du site pour repérer d’où venait l’EMPTA. Puis survinrent les attentats du 7 août contre les ambassades. Les autorités de l’administration américaine décidèrent précipitamment que M. ben Laden était derrière ces actions et le président Clinton a exigé rapidement des objectifs à frapper en représailles.
En matière de renseignement on n’est jamais sûr à cent pour cent, explique un officiel américain. Avec Al Shifa, dit-il, nous l’étions à quatre-vingts pour cent. Mais nous sommes en quelque sorte en guerre contre Oussama ben Laden. « Cela ne va pas être la guerre en dentelles. Cela va être une guerre sale, avec des choix sales et des décisions sales » ajoute-t-il. »Traduction Geopolintel
Opération militaire américaine rendue possible par une désinformation portant sur la présence d’armes de destruction massive, le bombardement d’Al Shifa sera logiquement suivi quatre ans plus tard par la guerre en Irak justifiée par le même motif et dans un contexte de désinformation à plus grande échelle encore à en juger par l’affaire de Colin Powell et de son éprouvette d’anthrax à l’ONU.
Dans son article, Pearl citait les noms des propriétaires de l’usine Al Shifa, les saoudiens Salah Idris, Mohamed Hussein al-Amoudi et Khaled ben Mahfouz. Ces trois hommes ont fait l’objet d’allégations selon lesquelles ils auraient soutenu financièrement le terrorisme et les attentats du 11 Septembre. Le dernier nommé est un des inculpés du procès O’Neill intenté par les victimes du World Trade Center. Il est soupçonné d’avoir canalisé des millions de dollars vers le réseau al-Qaida via un organisme de charité saoudien Blessed Relief. Ben Mahfouz a eu des intérêts communs avec la famille Bush dans plusieurs affaires. Et selon le témoignage sous serment de James Woolsey, ancien directeur de la CIA, devant le sénat, le 3 septembre 1998, Oussama ben Laden serait marié à l’une des jeunes sœurs de Khaled ben Mafhouz 1.
Plus tard, M. Woolsey déclarera ne plus bien se souvenir, avoir mal prononcé un nom arabe, ne pas avoir relu la transcription de son intervention 2. Puis il se rétractera le 15 décembre lors de son témoignage devant la Haute Cour de Justice de Queen’s Bench Division, alors qu’il était venu soutenir le Wall Street Journal accusé de diffamation. Ben Mahfouz a quant à lui toujours nié ce lien familial. Aucune preuve formelle ne peut accréditer les dires de Woolsey, bien connu dans l’art de la provocation et du mensonge.
Pearl identifia aussi ces hommes comme les actionnaires principaux de la société WorldSpace Incorporated, un consortium américain d’opérateurs de radiophonie visant à établir des communications par satellite. Mais en 1998, Pearl ignorait encore que des personnalités américaines influentes étaient leurs associés dans cette affaire. C’est peut-être là que se trouve le point crucial dans sa compréhension des mécanismes de désinformation qui l’aurait tôt ou tard conduit sur la piste de cette connivence.
D’après le Réseau Voltaire 3, le bombardement de l’usine avait été demandé au Président Clinton par l’ex-secrétaire d’Etat George Shultz et par Donald Rumsfeld. Cette usine fabriquait des médicaments anti Sida, sans licence, pour les pays du tiers-monde et concurrençait les grands groupes pharmaceutiques parmi lesquels Gilead Science, le groupe dont Rusmfeld était le PDG jusqu’à son retour au gouvernement. Shultz siégeait également à la direction de Gilead. Cette firme venait d’obtenir d’importants marchés publics dans le cadre de la prévention des attaques chimiques et biologiques. En effet, Rumsfeld avait réussi à convaincre son opinion publique que le régime de Saddam Hussein détenait encore quelques armes de destruction massive, qu’il lui avait lui-même vendues pendant la guerre Iran-Irak, et que Bagdad envisageait de les utiliser contre le peuple états-unien.
Des républicains, anciens membres du gouvernement Reagan, réunis dans le groupe de réflexion Project for the New American Century 4 demandèrent donc au président démocrate de bombarder une usine au Soudan qui appartenait à des saoudiens, auxquels certains d’entre eux étaient associés dans une société américaine. Ceux-ci feront partis du gouvernement Bush Jr en 2000. En effet, on trouve William Schneider Jr accompagné de l’ensemble des ténors des néoconservateurs, Wolfvowitz, Rumsfeld, Tenet, Woolsey, siégeant dans des commissions gouvernementales.
William Schneider est aussi un proche de Christine Lagarde, membre du gouvernement de De Villepin et actuelle ministre des finances. Lagarde fut l’attachée parlementaire stagiaire de William S.Cohen coprésident de Empower America avec Jack Kemp. William Cohen deviendra secrétaire à la défense de Clinton tandis que Lagarde sera par la suite membre du Center for Strategic and International Studies [CSIS] 5 le think-tank du lobby pétrolier aux États-Unis, au sein duquel elle coprésidera avec l’actuel conseiller de Barack Obama, Zbigniew Brzezinski 6, la commission Action USA-UE-Pologne 7 et suivra plus particulièrement le groupe de travail Industries de défense USA-Pologne et les questions liées à la libéralisation des échanges polonais. Lagarde fut donc une des responsables du USA-Poland Defense Industries working group qui traitait de l’installation du volet offensif de l’ABM 8 en Pologne. Jack Kemp s’est également impliqué dans le programme ABM si l’on en croit un document qu’il a signé en 1998 et qui fut diffusé par le Washington Times dans lequel il mentionne la dangerosité de ben Laden pour théoriser de l’utilité de l’ABM.
Pourquoi et comment ces responsables politiques peuvent-ils être les associés d’un milliardaire accusé d’avoir financé les terroristes du 11 Septembre ? Et que penser des liens de ces saoudiens avec l’affaire Sawari-2 qui est autrement connue sous le nom de l’affaire Clearstream-3 9, l’affaire des rétro-commisions sur la vente de frégates à l’Arabie Saoudite qui auraient été touchées par certains hommes politiques, affaire qui continue à faire couler beaucoup d’encre ? D’après l’Economiste 10, un quotidien marocain, Mohammed Hussein al-Amoudi est président du Al Amoudi Group Compagny Ltd d’Arabie Saoudite, l’un des principaux conglomérats du royaume, dont le directeur général est Ali ben Mussalam, impliqué dans l’affaire du contrat d’armement Sawari-2. Mohammed Hussein al-Amoudi et Khaled ben Mahfouz sont tous deux actionnaires de WorldSpace.
Dans son livre « Le coupable idéal » aux Editions Privé, Imad Lahoud qui est suspecté d’avoir falsifié les listing de Clearstream - mais l’ont-ils vraiment été ? - écrit qu’il aurait déclaré à Nicolas Sarkosy : « Ecoutez, la seule chose que j’ai évoquée avec Philippe Rondot, ce sont des comptes que vous auriez en Italie à propos de rétro-commissions sur le contrat d’armement Sawari-2. Je me dis que c’est le genre de chose qui ne devrait pas lui faire plaisir. Je voulais l’agacer. Je réussis mon coup au-delà de toutes mes espérances. Devant moi, Sarkozy explose littéralement de rage » 11
Revenons à William Schneider. C’est un personnage politique influent aux USA, membre du PNAC, think-tank neoconservateur qui a argumenté dans une lettre 12 adressée à Clinton en 1998, la nécessité, déjà, de bombarder l’Irak prétextant un risque imminent pour les USA en s’appuyant sur la doctrine de la guerre préventive. William Schneider est l’un des promoteurs de l’IDS, l’Initiative de Défense Stratégique dite aussi « Guerre des étoiles ». Il a soutenu le concept de l’utilisation de bombes nucléaires dans le cadre de la guerre préventive.
Ce personnage est aussi l’associé de Mohamed Hussein al-Amoudi, fondateur du groupe Mohamed International Development Research and Organisation Company (Midroc) qu’il dirigeait aux côtés d’Ibrahim ben Ali ben Mussalam, l’un des principaux gestionnaires de la fortune du roi Fahd et qui a tenu un rôle de négociateur pour le contrat des frégates Sawari.
Schneider est donc à la fois un des protagonistes de la désinformation sur les armes de destruction massive en Irak par ses pressions sur Clinton et un proche des protagonistes de l’affaire Clearstream-3, cabale contre Dominique De Villepin, par ses liens avec ben Mussalam. William Schneider est aussi un administrateur d’EADS Etats-Unis et il était à ce titre l’un des principaux interlocuteurs du très américanophile Louis Gergorin, le corbeau de l’affaire Clearstream et l’un des fondateurs de la French American Foundation. Dominique De Villepin a été l’un des rares hommes politiques d’envergure internationale à dénoncer en 2003 la désinformation autour des armes de destruction massive. Dans son discours à l’ONU, il dénonce aussi les liens imaginaires entre Sadam Hussein et les attentats du 11 Septembre. A ce titre, il s’est attiré les foudres des néconservateurs « va t’en guerre », et il n’est pas étonnant qu’il puisse lui-même être victime d’une campagne de désinformation orchestrée par ceux-ci.
Pour être complet, il faut souligner que William Schneider a développé le concept de PO2G. Il s’agit d’une doctrine subversive visant à inciter les organisations terroristes à passer à l’action pour mieux les détruire. En clair, cette doctrine vise à promouvoir des attentats pour susciter une résistance qui pourra ensuite être anéantie par la suprématie militaire US. William Arkin 13 dans le Los Angeles Times, offre un excellent article détaillé sur l’ensemble des dépenses que les différents services militaires vont diriger vers de nouvelles capacités d’action clandestines, et accorde une attention particulière à la résurrection de l’ancien Intelligence Support Activity (ISA) de l’ex secrétaire à la défense de Reagan Franck Carlucci, rebaptisé Grey Fox qui propose d’institutionnaliser les activités du Groupe d’Opérations proactives et préventives (P2OG) afin de lancer des opérations secrètes visant à stimuler des réactions parmi les terroristes et les Etats possédant des armes de destruction massive, Autrement dit, il s’agit d’encourager des cellules terroristes à passer à l’action et les exposer à de promptes ripostes de la part des forces américaines.
Les attentats du 11 Septembre seraient, selon le rapport de la commission d’enquête, une défaillance des services des renseignements. Pourtant, le 19 juin 2005, le Times Herald révèle l’existence d’une unité de renseignement militaire « Able Danger » qui avait, selon toute vraisemblance, identifié Mohamed Atta et trois autres pirates du 11 Septembre (Nawaf Alhazmi, Khalid Almihdhar, Marwan Alshehhi) plus d’un an avant les attentats. Les quatre hommes sont identifiés comme membres d’al-Qaida oeuvrant aux Etats-Unis, dans la cellule dite de Brooklyn 14. Cette unité de renseignement est une cellule secrète d’espionnage économique créée en 1999 sous l’administration Clinton. Elle deviendra par la suite l’héritière du réseau Gladio Stay Behind. Elle reprend le flambeau de Franck Calucci, patron du réseau US-ISA utilisé pour la prise d’otage à Téhéran en 1980. Pour cette opération, le gouvernement américain se servira des services de la BCCI de ben Mahfouz pour transiter les fonds de l’affaire Iran-Contras dirigée par le Lt Colonel Oliver North condamné en 1988 puis intégré par le Pentagone dans la chaîne Fox News, en tant qu’expert et analyste pour commenter le 11 Septembre. C’est le colonel Anthony Shaffer qui révéla l’identification de Mohamed Atta, mais l’armée ne voulut pas transmettre ces informations au FBI de John O’Neill 15.
Dans « Ben Laden, la vérité interdite » co-écrit avec Guillaume Dasquié, J.C. Brisard racontera sa réunion, à Paris, en août 2001, avec John O’Neill, ancien coordinateur de la lutte antiterroriste aux États-Unis, devenu numéro 2 du FBI à New-York chargé de la sécurité nationale, le directeur adjoint de la DST, responsable de la lutte anti-terroriste, et l’ancien chef de la section antiterroriste du Parquet de Paris Alain Marsaud.
En 2007, Guillaume Dasquié sera mis en garde à vue à la DST en raison, entre autres, de ses révélations sur le 11 septembre 2001. L’article qui a énervé les services de renseignement remonte au 16 avril 2007. Sur deux pages, dans Le Monde, titrées « 11 septembre 2001 : les Français en savaient long » le journaliste raconte avoir consulté 328 pages de rapports de la DGSE rédigées entre juillet 2000 et octobre 2001, détaillant l’état des connaissances des services secrets français sur la nébuleuse al-Qaida. Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, décide de porter plainte contre le journaliste. Les autorités cherchent à connaître par quels moyens il a obtenu ces documents classifiés, en clair, qui à la DGSE les lui a transmis, en violation avec les droits des journalistes de ne pas divulguer leurs sources. Alors qui a-t-il contrarié par ses révélations ? La plainte contre lui pour « détention de documents classés secret défense » et « divulgation de fichiers ou de renseignements classés secret défense » officialise des informations qui jusque là auraient pu passer pour des rumeurs infondées.
Mais revenons à Pearl qui, bien qu’il n’ait pas encore saisi tous les aspects de ce jeu, fut le premier à avoir perçu l’imminence de cette guerre. Au tout début de l’année 2002, Pearl sera enlevé puis décapité au Pakistan. Il s’y était rendu pour mener l’enquête sur le terroriste aux chaussures explosives du vol Paris New-York, Richard Reid. Alors qu’il devait interviewer le cheikh Mubarak Ali Shah Gilani, un chef terroriste présumé, Pearl est enlevé par des activistes du « Mouvement national pour la restauration de la souveraineté pakistanaise » dirigé par un djihadiste nommé Omar Sheikh. Ce groupe, qui entretenait des contacts à la fois avec al-Qaida et avec l’ISI 16, prétendit que Pearl était un espion et, utilisant le courriel kidnapperguy@hotmail.com, présenta aux USA plusieurs demandes dont la libération de plusieurs détenus pakistanais et la reprise de la vente de F-16 au gouvernement pakistanais.
J.P. Cloutier dans ses Chroniques de Cybérie, a établi les étapes de cette affaire trouble.
Le 3 mars, le secrétaire d’État Colin Powell déclare en entrevue à la chaîne CNN n’avoir aucune preuve de l’implication des services secrets pakistanais (ISI) dans l’enlèvement du journaliste Daniel Pearl. Le même jour, toujours à CNN, on demande à l’ambassadeur du Pakistan à Washington, pourquoi le principal suspect Omar Sheikh a été détenu et interrogé pendant sept jours par l’ISI avant d’être livré aux autorités policières. Réponse : ce qui comptait c’était de ne pas informer le public et les autres ravisseurs de sa détention.
Le lendemain, le gouvernement pakistanais informe officiellement les autorités étasuniennes que le principal suspect dans l’enlèvement du journaliste Daniel Pearl sera d’abord jugé au Pakistan avant de procéder à toute demande d’extradition aux États-Unis. Selon le quotidien pakistanais Dawn, le ministère public se heurte toutefois à certaines difficultés : les présumés complices de Omar Sheikh sont toujours en liberté et le corps de Pearl n’a pas été retrouvé.
Le 5 mars, le quotidien Dawn qui cite des sources policières rapporte que ces dernières mettent en doute l’authenticité de la bande vidéo de l’assassinat de Pearl. De plus, il y a un fait nouveau qu’on s’explique mal. Pearl a été enlevé le 23 janvier. Le 4 février, un siège sur le vol PK-757 de la Pakistan International Airlines en direction de Londres est réservé en son nom. Le billet est annulé le 8 février par l’acheteur qui demeure inconnu.
Le 7 mars, le président pakistanais Pervez Musharraf commente ainsi la disparition de Daniel Pearl : « Il cherchait à en savoir trop. Il s’est trop investi dans son enquête. Il y a un danger dans cette profession. Nous devons être prudents. » Musharraf n’a pas précisé pour qui les journalistes curieux représentaient un danger, pas plus que ce qu’englobait ce »nous » qui doit être prudent.
Le 9 mars, c’est dans un fourgon blindé que le principal suspect, Omar Sheikh, a été amené devant un tribunal de Karachi pour l’audition d’un témoin important. Un chauffeur de taxi aurait vu Omar Sheikh accueillir Daniel Pearl au restaurant d’où il est disparu. Enfin, le 11 mars, le Times of India revient sur l’étrange déclaration de Pervez Musharraf et pose directement la question : Pearl aurait-il découvert certains secrets embarrassants pour les services de renseignement pakistanais, l’ISI ? Un observateur suggère : « Relisez le journal que Omar Sheikh tenait alors qu’il était emprisonné en Inde. Il est rempli de références élogieuses à l’endroit de l’homme qui l’a inspiré. Et cet homme est Shah Sahab, l’ancien agent de renseignement de l’ISI à qui Omar Sheikh s’est rendu le 5 février. »
Un tribunal de Karachi accordait un délai ultime au ministère public, le 20 mars, pour inculper formellement Omar Saeed Sheikh pour sa participation dans l’affaire Daniel Pearl, à défaut de quoi il serait extradé aux États-Unis. Les procureurs ont déclaré que si l’enquête piétine, c’est que de nombreux complices sont toujours au large et qu’ils sont confrontés à de fausses identités. L’épilogue de cette histoire sera signé du président pakistanais Pervez Musharraf qui déclara dans ses mémoires que Omar Sheikh était un agent double travaillant pour l’ISI et les services du MI6 de sa gracieuse majesté la reine d’Angleterre.
Les attentats du 11 Septembre ont été largement exploités par l’Office of Strategic Influence pour justifier la guerre en Irak en présentant Sadam Hussein comme un soutien d’al-Qaida. Or, l’Irak est un pays laïque et ben Laden un islamiste fervent, et toute alliance est improbable entre eux. William Schneider est une pièce essentielle de ce dispositif de désinformation mis en place par les néoconservateurs du PNAC. Daniel Pearl, journaliste d’investigation dans la plus pure tradition de ce métier à haut risque, a payé de sa vie sa recherche de la vérité. La piste de Richard Reid, le terroriste aux chaussures explosives du vol Paris New-York de décembre 2001, l’a mené au Pakistan, au coeur de l’échiquier international de la terreur. Ce qu’il était sur le point de découvrir, ou ce qu’il avait déjà découvert, lui a certainement valu le sort tragique qui lui a été réservé.
Rédaction Geopolintel
Tous droits de reproduction réservés.
Notes
(1) Testimony before Senate Judiciary Committee Subcommittee” par James R.Woolsey, 3 septembre 1998
(2) Top investigator in 9/11 victims’s lawsuit faces libel action” par Ken Silverstein, Los Angeles Times, 26 février 2003
(3) Le Réseau Voltaire est une association française, fondée en 1994, dont les buts d’origine étaient « la promotion de la Liberté et de la Laïcité ». Elle oeuvrait à « l’émancipation des individus face aux dogmes et aux empires. » Depuis, elle a évolué en un « réseau international de presse non-alignée » en s’appuyant sur un site internet multilingue qui rassemble des agences de presse et des journaux d’Amérique latine, d’Europe et du Monde arabe. Elle organise en 1995 la conférence Axis for Peace afin de mobiliser un mouvement anti-impérialisme états-unien et contre la politique de l’état d’Israël. Son président, Thierry Meyssan, a suscité une vaste polémique au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 en affirmant dans un livre « L’effroyable imposture » qu’ils avaient été organisés par une faction du complexe militaro-industriel américain afin de pouvoir justifier des interventions des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Le département d’État américain sous l’administration de George W. Bush a déclaré Thierry Meyssan persona non grata sur le territoire des États-Unis et celui-ci expliqua son exil au Liban en 2008 comme suit : « jusqu’en mai, les autorités françaises (gouvernement Chirac) ont garanti notre sécurité physique, notre liberté de circulation et d’expression. Il en va autrement aujourd’hui (élection Sarkozy) : les pressions sont plus fortes, elles s’étendent à notre entourage, et nous ne pouvons plus compter sur la bienveillance de la France ».
(4) Le Projet pour le Nouveau Siècle Américain est un groupe de réflexion néoconservateur américain, fondé en 1997, qui réunissait beaucoup des anciens membres du gouvernement Reagan et dont l’objectif affiché était de promouvoir l’hégémonie des États-Unis sur le reste du monde. Cette organisation a exercé une forte influence sur les hauts fonctionnaires du gouvernement des États-Unis durant les mandats de George W. Bush et a eu une incidence très importante sur le développement militaire et la politique étrangère de ce pays pendant cette période, particulièrement en ce qui concerne la sécurité nationale et la guerre en Irak. En janvier 1998 déjà, dans une lettre ouverte au président Clinton, ses membres appelèrent explicitement à mener une campagne en Irak pour renverser Sadam Hussein.
(5) Le Center for Strategic and International Studies ou CSIS est un groupe de réflexion et d’influence sur la politique étrangère états-unienne. Il fut originellement créé avec l’objectif d’encourager un lien fort entre Européens et américains face à l’URSS. Il compte dans son conseil d’administration Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger, secrétaire d’état de Nixon puis de Ford, et James Woolsey, ancien directeur de la CIA. Le centre est à l’origine de la déclaration commune pour une renouvellement du partenariat transatlantique faite au plus fort de la guerre américaine contre l’Irak.
(6) Zbigniew Brzezinski, politologue américain d’origine polonaise, a été conseiller à la sécurité nationale du Président Jimmy Carter et était présenté pendant la dernière campagne présidentielle US comme l’inspirateur de la future politique extérieure d’un éventuel président Obama. Il a notamment écrit Le Grand Échiquier dans lequel il théorise l’idée que l’amélioration du monde et sa stabilité dépendent du maintien de l’hégémonie américaine. Toute puissance concurrente est dès lors considérée comme une menace pour la stabilité mondiale. Mais contrairement à l’unilatéralisme des néoconservateurs, il prône une alliance USA/Europe car la matérialisation de la doctrine Brzezinski, qui veut qu’ « Une puissance qui domine l’Eurasie contrôlerait deux des régions du monde les plus avancées et économiquement productives », passe par l’extension de l’OTAN vers l’Est et l’encerclement de la Russie, par la déstabilisation des états (révolutions de couleur et coups d’état) qui l’entourent pour reprendre son idée de la « ceinture verte d’étranglement de l’ours russe ».
(7) Pour le CSIS, la Commission Action USA-UE-Pologne a mis en place un groupe, le US-Poland Defense, chargé de promouvoir la coopération américano-polonaise dans l’industrie de la défense. Madame Christine Lagarde en était encore la vice-présidente lors de sa prise de fonction ministérielle du gouvernement De Villepin, et y représentait les intérêts américains. Elle travaillait à l’intégration des systèmes de défense entre les deux pays, au développement de l’industrie de défense polonaise, conformément aux recommandations de Stanley Glod, vice-président de Boeing Europe, rival d’Airbus. Elle préparait des programmes d’entraînement, en coopération avec l’américain Lockheed Martin.
(8) Le traité ABM (anti-missiles balistiques) fut signé à Moscou en 1972 dans le cadre des négociations sur la limitation des armes stratégiques et complété par le protocole du 3 juillet 1974 entre l’URSS et les États-Unis, puis confirmé par la Russie pour une durée illimitée. Mais le 13 décembre 2001, argant des attaques sur son sol du 11 Septembre, les États-Unis annoncèrent leur retrait du traité ABM, permis par l’article XV qui prévoyait sa dénonciation du fait « d’événements extraordinaires » en rapport avec l’objet du Traité, ayant compromis ses intérêts suprêmes. Ils ne font plus parti, depuis le 13 juin 2002, de cet accord qui reste respecté par les autres puissances atomiques qui l’ont signé. Ce retrait unilatéral des Etats-Unis a fait sauter le verrou qui empêchait le développement du bouclier spatial du programme « Initiative de défense stratégique » (IDS) ou « Guerre des étoiles » initié par l’administration Reagan
(9) Clearstream 1 - affaire des rétro-commissions sur la vente de frégates : 2001, ouverture d’une information judiciaire, confiée aux juges Renaud van Ruymbeke et Dominique de Talancé, sur la vente des frégates par la France à Taïwan en 1991, qui aurait donné lieu au versement de commissions à des hommes politiques français. Clearstream 2 - scandale financier de la chambre de compensation internationale Clearstream : 2001, publication de Révélation$ et de La Boîte noire, écrits par Denis Robert, journaliste, sur des informations de E. Backes, ancien numéro trois de Cedel International (devenu Clearstream après sa fusion avec Deutsche Börse Clearing). Backes, licencié en 1983, a affirmé qu’il existait un système de comptes non-publiés, qui aurait été mis en place dans les années 1970, et généralisé après son départ. Ce système de comptes, en se servant du système légal de compensation inter-bancaire permettant l’effacement des traces des transactions, aurait fait de Clearstream une plate-forme mondiale de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent. Clearstream 3 - affaire EADS-Clearstream ou affaire du corbeau des frégates de Taïwan : 2004, scandale politique qui éclate par l’envoi de deux courriers anonymes et d’un cédérom à la justice française, dans lesquels un corbeau accuse des personnalités politiques et de l’industrie, de posséder des comptes secrets chez Clearstream, liés à l’affaire des rétro-commissions de Clearstream 1 et de Sawari 2. A sa suite, la presse dévoile l’existence d’un rapport de la DST sur l’affaire Clearstream dans lequel Jean-Louis Gergorin, vice-président du groupe industriel EADS, figurerait comme le corbeau de l’affaire. Une polémique éclate entre Dominique De Villlepin et Nicolas Sarkozy, lequel accuse De Villepin d’instrumentaliser cette affaire dans le but de lui nuire politiquement.
(10) http://www.leconomiste.com/print_article.html?a=64880
(11) http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2207/articles/a333895-les_%C3%A9tranges_confessions_dimad_lahoud.html
(12) http://www.newamericancentury.org/iraqclintonletter.htm
(13) William M. Arkin 10/27/2002 Los Angeles Times Home Edition Page M-1
(14) http://www.historycommons.org/essay.jsp?article=essaykhalidandnawaf
(15) http://www.historycommons.org/entity.jsp?entity=anthony_shaffer
(16) L’Inter-Services Intelligence ou ISI, est la plus importante des trois branches des services de renseignements du Pakistan. Ce service se fait connaître sur le plan mondial lors de la guerre d’Afghanistan lorsque, avec les services américains (CIA) et saoudiens, il a largement aidé et formé les moudjahidines contre l’Armée rouge et le gouvernement afghan d’alors. En 2001, le FBI démontra que le directeur de l’ISI, le Général Mahmoud, avait donné instruction à Ahmed Omar Cheikh, bras droit de ben Laden, de transférer 100.000 dollars au pirate de l’air du WTC, Mohammed Atta.
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lundi 26 juillet 2010
Nick Berg, l’américain qui « reconstruisait » les médias irakiens
Les sept sacrifiés du mensonge : du 11 Septembre à la guerre contre l’Irak
mercredi 17 mars 2010
Chapitre V
Nick Berg est ce jeune Américain enlevé en Irak dont la mise à mort va être filmée et diffusée sur le net au début de l’année 2004. Les conditions de l’enlèvement de Nick Berg restent imprécises ainsi que les raisons de sa présence en Irak.
Berg était un spécialiste du montage d’antennes de radio-diffusion. La presse affirmera que Berg était en Irak de sa propre initiative et sans mission définie. Le journal français l’Humanité s’interrogera sur ces incohérences le 18 mai 2004 en ces termes : « Autre bizarrerie, la thèse d’un Nick Berg se trouvant en Irak à la recherche de contrats de travail. Il faut savoir que c’est le Pentagone qui supervise, via l’USAID (agence américaine pour l’aide internationale), le marché de la reconstruction en Irak. C’est elle qui gère les appels d’offres pour l’Irak, y compris les petits contrats. D’où l’impossibilité pour Nick Berg d’arracher, par ses propres moyens, un quelconque contrat en Irak. Par conséquent, tout porte à croire que la thèse américaine affirmant que Nick Berg, patron d’une petite entreprise de maintenance en télécommunications, était en Irak pour chercher des contrats ne résiste pas aux faits. »
Nicolas Berg avait fondé avec son père Prometheus Methods Tower Services Inc.. Cette entreprise était spécialisée dans les tours de retransmission de communications téléphoniques. Selon le Seattle Post-Intelligencer, Berg inspectait les installations de communication irakiennes détruites par la guerre ou les pillards. Il a travaillé sur une tour de la prison d’Abou Ghraib en Irak en compagnie de Aziz Kadoory Aziz avec qui il avait lancé son entreprise de tours de communications. Celui-ci est le fondateur du Conseil irako-américain. Farouche partisan de l’invasion américaine et de la chute de Sadam Hussein, il intervenait parfois sur Fox News . Il est réputé être un agent de la CIA.
Bien qu’il soit juif et qu’il ait avec lui du matériel de communication de haute technicité, Berg n’hésitait pas à se déplacer seul. De plus, il s’était rendu en Israël sans demander aux douanes israéliennes de ne pas apposer de tampon, prudence habituelle lorsqu’on voyage au Moyen-Orient. Selon le Guardian, la société de Berg venait de se voir attribuée un contrat dans le cadre du consortium Iraqi Media Network, un programme de la NED-CIA. Seules des sociétés de confiance pouvaient soumissionner aux marchés des télécommunications à Abu Ghraib et pour l’Iraqi Media Network
Il y avait peu de probabilités que cet américain ait été en relation avec Moussaoui, le seul inculpé aux Etats-Unis pour les événements du 11 septembre 2001. Pourtant lors d’un séjour dans l’Oklahoma, Nick Berg aurait « prêté » son adresse de messagerie avec son mot de passe à quelqu’un qu’il ne connaissait soi-disant pas et qui s’est révélé être un terroriste. Berg avait à ce sujet été interrogé par le FBI qui avait conclu à une coïncidence (sic !). Pourtant, Carol Devine-Molin (enterstageright.com) affirme qu’il avait de nouveau été interrogé bien après le 11 Septembre, ainsi que lors de sa détention précédant sa disparition. Le FBI avait donc de légitimes doutes sur lui.
Nicholas Berg aurait été arrêté par le commandement de la coalition à Mossoul et ce sont les militaires américains qui l’ont détenu. Selon le Monde daté du 15 mai, les parents de Nick Berg ont reçu un courrier électronique daté du 1eravril de la part d’un membre du corps consulaire américain en Irak disant ceci : « J’ai reçu la confirmation que votre fils est détenu par les militaires américains. Il est en bonne santé et a été arrêté il y a environ une semaine. » La victime, elle-même, l’avait confirmé dans un écrit à ses parents, affirmant : « Mes projets de retour sont contrecarrés par les militaires. »
Le FBI, selon CNN, a rencontré à trois reprises le jeune Américain pendant sa détention. Officiellement pour lui faire une offre de quitter le territoire irakien, offre que ce dernier aurait refusé. Mais pourquoi le FBI ne l’a-t-il pas rapatrié malgré lui ?
La famille de Berg a fait appel en vain au consulat pour le faire libérer. Puis, elle a porté plainte contre les autorités US pour détention illégale, mentionnant que les diplomates n’avaient plus aucun pouvoir pour intervenir sur son cas. Il aurait été relâché peu après.
Qui est le véritable patron du Rendon Group ?
Le bureau de l’influence stratégique [Office of Strategic Influence-OSI] est créé au lendemain des attentats du 11 Septembre. Le 20 février 2002, le New York Timesdévoilait le plus grand projet de manipulation des esprits. Pour conduire la « guerre de l’information », le Pentagone, obéissant à des consignes de Rumsfeld et du sous-secrétaire d’Etat à la défense, Douglas Feith, avait conçu secrètement un ténébreux bureau ayant pour mission de diffuser de fausses informations servant la cause des Etats-Unis. L’OSI était autorisé à pratiquer la désinformation, en particulier à l’égard des médias étrangers. Le quotidien new-yorkais précisait que l’OSI avait passé un contrat de 100 000 dollars par mois avec un cabinet de communication, The Rendon Group, déjà employé en 1990 dans la préparation de la guerre du Golfe et qui avait mis au point la fausse déclaration de l’« infirmière » koweïtienne affirmant avoir vu les soldats irakiens piller la maternité de l’hôpital de Koweït et arracher les nourrissons des couveuses et les tuer sans pitié en les jetant par terre. Ce témoignage avait été décisif pour convaincre les membres du Congrès de voter en faveur de la guerre.
Très vite, des voix s’étaient élevées pour souligner que cet organisme violait la constitution américaine et qu’il jetait la suspicion sur l’ensemble des informations diffusées par les media US. Dans sa supposée brève existence, l’OSI a été chapeauté non pas par un spécialiste des PsyOp mais par un spécialiste de l’Initiative de Défense Stratégique, le Général de Brigade Simon Pete Worden, qui a élaboré un programme de diffusion reposant sur des satellites. Officiellement dissous après les révélations de la presse, l’OSI est certainement demeuré actif. Comment expliquer sinon quelques-unes des plus grossières manipulations de la guerre d’Irak ? En particulier l’énorme mensonge concernant la spectaculaire libération de la soldate Jessica Lynch ou celle de la capture de Sadam Hussein.
Cette implication, à très haut niveau et dès 2001, de l’OSI dans le dispositif de désinformation US, préfigure le rôle attribué au Rendon Group au début de 2004 dans sa coordination et dans sa supervision.
En effet, début 2004, la presse financière informe que l’OSI va remporter un très important contrat du DOD, le Ministère de la défense américain, concernant la reconstruction des media irakiens, et ce contrat aura pour mission de coordonner les activités du très célèbre Rendon Group, l’organisation US de barbouzes spécialisée en désinformation.
Le rôle clef de William Schneider à la fois dans le domaine de la défense stratégique spatiale et dans celui des activités de subversion conduit à s’interroger sur sa participation à l’organisation du dispositif américain de l’OSI qui associe étroitement les deux activités.
Nick Berg avait écrit dans un mail à ses parents qu’il participait à la reconstruction des médias irakiens. Cette formulation est très exactement celle utilisée par le DOD pour définir le marché attribué au début 2004 en Irak, à l’OSI. Cela laisse penser que Berg s’est donc probablement rendu en Irak dans le cadre d’un contrat passé avec l’un des sous-traitants de l’OSI.
Berg, probable agent de la CIA, opérant sous la couverture de la reconstruction des média irakiens, devenant gênant ou tout simplement cessant d’être utile, a-t-il été un acteur contre son gré d’une nouvelle mise en scène du Rendon Group : sa propre mise à mort ?
James Raxton, officier en poste à la CIA au département action psychologique, fit à ce sujet, une déclaration étonnante sur CNN. Il affirma que la vidéo de l’exécution de Nick Berg était le fruit d’un montage auquel il avait participé avec deux officiers du Mossad. Trois heures après ces déclarations fracassantes, James Raxton se rétracta sous la forme d’un démenti. Le secrétaire d’Etat à la Défense, Donald Rumsfeld s’empressa de démentir également ces déclarations en mettant ces propos contradictoires sur le compte de problèmes psychologiques qu’aurait rencontré l’officier de la CIA, lequel pourtant bénéficiait d’une excellente réputation au sein de ce service. Info ou intox, qu’en est-il vraiment ?
Les conditions troubles de la mort de Nick Berg.
Toute la vidéo montrant la décapitation de Berg semble être un montage d’actions coupées de façon à présenter un film continu. Mais l’heure apparaît sur la bande et expose donc les incohérences des séquences filmées. De plus, Nick Berg serait déjà mort avant sa décapitation. C’est du moins ce qu’affirme le journaliste Ritt Goldstein, dans une édition du quotidien Asia Times. Il cite deux experts, le docteur John Simpson, directeur des services de chirurgie au Royal Australasian College of Surgeons, et l’expert médico-légal Jon Nordby, chercheur associé au American Board of Medicolegal Death Investigators.
Goldstein écrit : « Bien que les circonstances entourant le fichier vidéo et les derniers jours de Nick Berg aient fait l’objet de nombreuses hypothèses, Simpson et Nordby croient qu’il est hautement probable que celui-ci soit décédé quelque temps avant d’être décapité. Un des facteurs soutenant leur thèse est l’absence de saignement artériel massif que provoque un tel geste. » Les médecins citent également l’absence de réaction attribuable au système nerveux autonome lorsque Berg est décapité.
Al-Jazeera fait de son côté des constatations troublantes : Berg porte une combinaison orange identique à celles que portent des détenus du camp de Guantanamo et à celles dont dispose la police militaire étasunienne. Comment des terroristes irakiens auraient-ils pu se procurer une telle tenue ? De plus, Berg est assis sur une chaise identique à celle que l’on voit sur les photos de la soldate Lynddie England prises à la prison d’Abu Ghraïb. Autre élément troublant : le mur derrière lui est de la même couleur et texture que les murs que l’on voit sur les photos prises à Abu Ghraïb. Puis, on voit brièvement à l’écran une partie de la tête d’une personne portant une casquette militaire verte comme celles des militaires étasuniens. Selon Al Jazeera, l’ensemble de ces preuves tend à indiquer que la scène aurait été tournée à Abu Ghraïb qui est une prison sous contrôle américain.
D’après JP Cloutier : « A propos de l’homme qui porte une cagoule et qui revendique l’exécution, le Jordanien Abou Moussah Al Zarqaoui, différentes sources citées par Ritt Goldstein dans le Asia Times et dans l’article de Al Jazeera indiquent qu’il serait mort dans un bombardement de la coalition. Cet homme avait en effet été donné pour mort par l’US Army après la grande offensive américaine en avril 2003 dans le nord du Kurdistan irakien, d’autant que Zarqaoui n’avait aucune chance de s’échapper car ayant perdu un pied en Afghanistan en 2001. Colin Powell avait même assuré que la pose de sa prothèse avait eu lieu dans un hôpital de Bagdad. Pas un seul des deux pieds de l’homme présent sur la cassette ne semble présenter cette anomalie. […] Pour ce qui est du site en langue arabe, supposé lié à al-Qaida, qui aurait diffusé le fichier vidéo, il n’est plus en service. Le nom de domaine a été enregistré aux États-Unis le 7 janvier 2003 au nom d’un certain Omar Abu Omar, qui a donné une adresse fictive au Danemark, et une adresse de courriel Hotmail. Le service d’hébergement du site, semble lui aussi hors service. Le nom de domaine a été enregistré le 13 janvier 2002 aux États-Unis. L’adresse citée pour l’entreprise est en Egypte, l’adresse des services techniques en Arabie Saoudite et certaines recherches DNS pointent vers des serveurs en Malaisie. Le fournisseur d’accès devait l’interdire une heure après sa mise en ligne, mais, à la différence d’Al Jazeera, pourtant en général très rapide sur toutes les questions arabes, seuls CNN, Fox et la BBC réussissaient à télécharger le film avant son interdiction. En réalité, le propriétaire légal du site est londonien. Il s’agit d’Abdel Rahman al-Rashed qui contrôle l’Arab Press House. Il n’a été interrogé par aucun service secret ou service de police, alors même que, dans toute l’histoire du terrorisme islamique, c’est la première fois qu’une vidéo est directement mise en ligne sur un site. Précédemment, les cassettes étaient données à des chaînes de télévisions. »*
Le corps de Nicholas Berg a été retrouvé le long d’une autoroute proche de Bagdad.
Tout ne peut pas être dû aux vissicitudes du destin dans le parcours de ce très jeune américain. Une telle accumulation de coincidences est troublante : le croisement de sa route avec celle de Moussaoui, le seul inculpé pour les attentats du 11 Septembre, le prêt de son ordinateur et de son mot de passe de messagerie à un inconnu, sa mission en Irak avalisée par le DOD, ses déplacements sans encombre au Moyen-Orient, sa mort tragique attribuée au nouvel homme fort d’al-Qaida après avoir été capturé par les forces américaines et soi-disant relâché bien que fortement soupçonné…
Le rôle de Nick berg dans l’échiquier irakien était-il aussi mineur que l’information officielle le laisse entendre ? N’était-il pas plus crucial, ce qui expliquerait mieux toutes ces coincidences et incohérences. Les dessous de cette affaire sont ensevelies dans la tombe de Nick Berg
mercredi 17 mars 2010
Chapitre V
Nick Berg est ce jeune Américain enlevé en Irak dont la mise à mort va être filmée et diffusée sur le net au début de l’année 2004. Les conditions de l’enlèvement de Nick Berg restent imprécises ainsi que les raisons de sa présence en Irak.
Berg était un spécialiste du montage d’antennes de radio-diffusion. La presse affirmera que Berg était en Irak de sa propre initiative et sans mission définie. Le journal français l’Humanité s’interrogera sur ces incohérences le 18 mai 2004 en ces termes : « Autre bizarrerie, la thèse d’un Nick Berg se trouvant en Irak à la recherche de contrats de travail. Il faut savoir que c’est le Pentagone qui supervise, via l’USAID (agence américaine pour l’aide internationale), le marché de la reconstruction en Irak. C’est elle qui gère les appels d’offres pour l’Irak, y compris les petits contrats. D’où l’impossibilité pour Nick Berg d’arracher, par ses propres moyens, un quelconque contrat en Irak. Par conséquent, tout porte à croire que la thèse américaine affirmant que Nick Berg, patron d’une petite entreprise de maintenance en télécommunications, était en Irak pour chercher des contrats ne résiste pas aux faits. »
Nicolas Berg avait fondé avec son père Prometheus Methods Tower Services Inc.. Cette entreprise était spécialisée dans les tours de retransmission de communications téléphoniques. Selon le Seattle Post-Intelligencer, Berg inspectait les installations de communication irakiennes détruites par la guerre ou les pillards. Il a travaillé sur une tour de la prison d’Abou Ghraib en Irak en compagnie de Aziz Kadoory Aziz avec qui il avait lancé son entreprise de tours de communications. Celui-ci est le fondateur du Conseil irako-américain. Farouche partisan de l’invasion américaine et de la chute de Sadam Hussein, il intervenait parfois sur Fox News . Il est réputé être un agent de la CIA.
Bien qu’il soit juif et qu’il ait avec lui du matériel de communication de haute technicité, Berg n’hésitait pas à se déplacer seul. De plus, il s’était rendu en Israël sans demander aux douanes israéliennes de ne pas apposer de tampon, prudence habituelle lorsqu’on voyage au Moyen-Orient. Selon le Guardian, la société de Berg venait de se voir attribuée un contrat dans le cadre du consortium Iraqi Media Network, un programme de la NED-CIA. Seules des sociétés de confiance pouvaient soumissionner aux marchés des télécommunications à Abu Ghraib et pour l’Iraqi Media Network
Il y avait peu de probabilités que cet américain ait été en relation avec Moussaoui, le seul inculpé aux Etats-Unis pour les événements du 11 septembre 2001. Pourtant lors d’un séjour dans l’Oklahoma, Nick Berg aurait « prêté » son adresse de messagerie avec son mot de passe à quelqu’un qu’il ne connaissait soi-disant pas et qui s’est révélé être un terroriste. Berg avait à ce sujet été interrogé par le FBI qui avait conclu à une coïncidence (sic !). Pourtant, Carol Devine-Molin (enterstageright.com) affirme qu’il avait de nouveau été interrogé bien après le 11 Septembre, ainsi que lors de sa détention précédant sa disparition. Le FBI avait donc de légitimes doutes sur lui.
Nicholas Berg aurait été arrêté par le commandement de la coalition à Mossoul et ce sont les militaires américains qui l’ont détenu. Selon le Monde daté du 15 mai, les parents de Nick Berg ont reçu un courrier électronique daté du 1eravril de la part d’un membre du corps consulaire américain en Irak disant ceci : « J’ai reçu la confirmation que votre fils est détenu par les militaires américains. Il est en bonne santé et a été arrêté il y a environ une semaine. » La victime, elle-même, l’avait confirmé dans un écrit à ses parents, affirmant : « Mes projets de retour sont contrecarrés par les militaires. »
Le FBI, selon CNN, a rencontré à trois reprises le jeune Américain pendant sa détention. Officiellement pour lui faire une offre de quitter le territoire irakien, offre que ce dernier aurait refusé. Mais pourquoi le FBI ne l’a-t-il pas rapatrié malgré lui ?
La famille de Berg a fait appel en vain au consulat pour le faire libérer. Puis, elle a porté plainte contre les autorités US pour détention illégale, mentionnant que les diplomates n’avaient plus aucun pouvoir pour intervenir sur son cas. Il aurait été relâché peu après.
Qui est le véritable patron du Rendon Group ?
Le bureau de l’influence stratégique [Office of Strategic Influence-OSI] est créé au lendemain des attentats du 11 Septembre. Le 20 février 2002, le New York Timesdévoilait le plus grand projet de manipulation des esprits. Pour conduire la « guerre de l’information », le Pentagone, obéissant à des consignes de Rumsfeld et du sous-secrétaire d’Etat à la défense, Douglas Feith, avait conçu secrètement un ténébreux bureau ayant pour mission de diffuser de fausses informations servant la cause des Etats-Unis. L’OSI était autorisé à pratiquer la désinformation, en particulier à l’égard des médias étrangers. Le quotidien new-yorkais précisait que l’OSI avait passé un contrat de 100 000 dollars par mois avec un cabinet de communication, The Rendon Group, déjà employé en 1990 dans la préparation de la guerre du Golfe et qui avait mis au point la fausse déclaration de l’« infirmière » koweïtienne affirmant avoir vu les soldats irakiens piller la maternité de l’hôpital de Koweït et arracher les nourrissons des couveuses et les tuer sans pitié en les jetant par terre. Ce témoignage avait été décisif pour convaincre les membres du Congrès de voter en faveur de la guerre.
Très vite, des voix s’étaient élevées pour souligner que cet organisme violait la constitution américaine et qu’il jetait la suspicion sur l’ensemble des informations diffusées par les media US. Dans sa supposée brève existence, l’OSI a été chapeauté non pas par un spécialiste des PsyOp mais par un spécialiste de l’Initiative de Défense Stratégique, le Général de Brigade Simon Pete Worden, qui a élaboré un programme de diffusion reposant sur des satellites. Officiellement dissous après les révélations de la presse, l’OSI est certainement demeuré actif. Comment expliquer sinon quelques-unes des plus grossières manipulations de la guerre d’Irak ? En particulier l’énorme mensonge concernant la spectaculaire libération de la soldate Jessica Lynch ou celle de la capture de Sadam Hussein.
Cette implication, à très haut niveau et dès 2001, de l’OSI dans le dispositif de désinformation US, préfigure le rôle attribué au Rendon Group au début de 2004 dans sa coordination et dans sa supervision.
En effet, début 2004, la presse financière informe que l’OSI va remporter un très important contrat du DOD, le Ministère de la défense américain, concernant la reconstruction des media irakiens, et ce contrat aura pour mission de coordonner les activités du très célèbre Rendon Group, l’organisation US de barbouzes spécialisée en désinformation.
Le rôle clef de William Schneider à la fois dans le domaine de la défense stratégique spatiale et dans celui des activités de subversion conduit à s’interroger sur sa participation à l’organisation du dispositif américain de l’OSI qui associe étroitement les deux activités.
Nick Berg avait écrit dans un mail à ses parents qu’il participait à la reconstruction des médias irakiens. Cette formulation est très exactement celle utilisée par le DOD pour définir le marché attribué au début 2004 en Irak, à l’OSI. Cela laisse penser que Berg s’est donc probablement rendu en Irak dans le cadre d’un contrat passé avec l’un des sous-traitants de l’OSI.
Berg, probable agent de la CIA, opérant sous la couverture de la reconstruction des média irakiens, devenant gênant ou tout simplement cessant d’être utile, a-t-il été un acteur contre son gré d’une nouvelle mise en scène du Rendon Group : sa propre mise à mort ?
James Raxton, officier en poste à la CIA au département action psychologique, fit à ce sujet, une déclaration étonnante sur CNN. Il affirma que la vidéo de l’exécution de Nick Berg était le fruit d’un montage auquel il avait participé avec deux officiers du Mossad. Trois heures après ces déclarations fracassantes, James Raxton se rétracta sous la forme d’un démenti. Le secrétaire d’Etat à la Défense, Donald Rumsfeld s’empressa de démentir également ces déclarations en mettant ces propos contradictoires sur le compte de problèmes psychologiques qu’aurait rencontré l’officier de la CIA, lequel pourtant bénéficiait d’une excellente réputation au sein de ce service. Info ou intox, qu’en est-il vraiment ?
Les conditions troubles de la mort de Nick Berg.
Toute la vidéo montrant la décapitation de Berg semble être un montage d’actions coupées de façon à présenter un film continu. Mais l’heure apparaît sur la bande et expose donc les incohérences des séquences filmées. De plus, Nick Berg serait déjà mort avant sa décapitation. C’est du moins ce qu’affirme le journaliste Ritt Goldstein, dans une édition du quotidien Asia Times. Il cite deux experts, le docteur John Simpson, directeur des services de chirurgie au Royal Australasian College of Surgeons, et l’expert médico-légal Jon Nordby, chercheur associé au American Board of Medicolegal Death Investigators.
Goldstein écrit : « Bien que les circonstances entourant le fichier vidéo et les derniers jours de Nick Berg aient fait l’objet de nombreuses hypothèses, Simpson et Nordby croient qu’il est hautement probable que celui-ci soit décédé quelque temps avant d’être décapité. Un des facteurs soutenant leur thèse est l’absence de saignement artériel massif que provoque un tel geste. » Les médecins citent également l’absence de réaction attribuable au système nerveux autonome lorsque Berg est décapité.
Al-Jazeera fait de son côté des constatations troublantes : Berg porte une combinaison orange identique à celles que portent des détenus du camp de Guantanamo et à celles dont dispose la police militaire étasunienne. Comment des terroristes irakiens auraient-ils pu se procurer une telle tenue ? De plus, Berg est assis sur une chaise identique à celle que l’on voit sur les photos de la soldate Lynddie England prises à la prison d’Abu Ghraïb. Autre élément troublant : le mur derrière lui est de la même couleur et texture que les murs que l’on voit sur les photos prises à Abu Ghraïb. Puis, on voit brièvement à l’écran une partie de la tête d’une personne portant une casquette militaire verte comme celles des militaires étasuniens. Selon Al Jazeera, l’ensemble de ces preuves tend à indiquer que la scène aurait été tournée à Abu Ghraïb qui est une prison sous contrôle américain.
D’après JP Cloutier : « A propos de l’homme qui porte une cagoule et qui revendique l’exécution, le Jordanien Abou Moussah Al Zarqaoui, différentes sources citées par Ritt Goldstein dans le Asia Times et dans l’article de Al Jazeera indiquent qu’il serait mort dans un bombardement de la coalition. Cet homme avait en effet été donné pour mort par l’US Army après la grande offensive américaine en avril 2003 dans le nord du Kurdistan irakien, d’autant que Zarqaoui n’avait aucune chance de s’échapper car ayant perdu un pied en Afghanistan en 2001. Colin Powell avait même assuré que la pose de sa prothèse avait eu lieu dans un hôpital de Bagdad. Pas un seul des deux pieds de l’homme présent sur la cassette ne semble présenter cette anomalie. […] Pour ce qui est du site en langue arabe, supposé lié à al-Qaida, qui aurait diffusé le fichier vidéo, il n’est plus en service. Le nom de domaine a été enregistré aux États-Unis le 7 janvier 2003 au nom d’un certain Omar Abu Omar, qui a donné une adresse fictive au Danemark, et une adresse de courriel Hotmail. Le service d’hébergement du site, semble lui aussi hors service. Le nom de domaine a été enregistré le 13 janvier 2002 aux États-Unis. L’adresse citée pour l’entreprise est en Egypte, l’adresse des services techniques en Arabie Saoudite et certaines recherches DNS pointent vers des serveurs en Malaisie. Le fournisseur d’accès devait l’interdire une heure après sa mise en ligne, mais, à la différence d’Al Jazeera, pourtant en général très rapide sur toutes les questions arabes, seuls CNN, Fox et la BBC réussissaient à télécharger le film avant son interdiction. En réalité, le propriétaire légal du site est londonien. Il s’agit d’Abdel Rahman al-Rashed qui contrôle l’Arab Press House. Il n’a été interrogé par aucun service secret ou service de police, alors même que, dans toute l’histoire du terrorisme islamique, c’est la première fois qu’une vidéo est directement mise en ligne sur un site. Précédemment, les cassettes étaient données à des chaînes de télévisions. »*
Le corps de Nicholas Berg a été retrouvé le long d’une autoroute proche de Bagdad.
Tout ne peut pas être dû aux vissicitudes du destin dans le parcours de ce très jeune américain. Une telle accumulation de coincidences est troublante : le croisement de sa route avec celle de Moussaoui, le seul inculpé pour les attentats du 11 Septembre, le prêt de son ordinateur et de son mot de passe de messagerie à un inconnu, sa mission en Irak avalisée par le DOD, ses déplacements sans encombre au Moyen-Orient, sa mort tragique attribuée au nouvel homme fort d’al-Qaida après avoir été capturé par les forces américaines et soi-disant relâché bien que fortement soupçonné…
Le rôle de Nick berg dans l’échiquier irakien était-il aussi mineur que l’information officielle le laisse entendre ? N’était-il pas plus crucial, ce qui expliquerait mieux toutes ces coincidences et incohérences. Les dessous de cette affaire sont ensevelies dans la tombe de Nick Berg
vendredi 9 juillet 2010
Presse et opinions, un leurre
C'est une question avec laquelle se débattent toutes les rédactions face à l'émergence des réseaux sociaux : quelle liberté d'expression leurs journalistes peuvent-ils avoir sur leurs comptes personnels ? Octavia Nasr, journaliste à CNN, vient d'en éprouver les limites : elle a été limogée après avoir exprimé sur son compte Twitter du « respect » pour le chef spirituel décédé du Hezbollah libanais, Cheikh Mohammad Fadlallah.
A l'annonce, le 4 juillet, de la mort du leader du mouvement islamiste chiite du Liban, considéré aux Etats-Unis et en Europe comme un mouvement terroriste, Octavia Nasr avait écrit sur le site de micro-blogging Twitter :
« Triste d'apprendre la disparition de Mohammad Fadlallah. Un des géant du Hezbollah pour lequel j'avais un grand respect ».
Cette prise de position de la journaliste de CNN a fait scandale, et a fait le tour du Web bien qu'elle n'ait « que » quelque 7 000 à 8 000 « followers », c'est-à-dire de personnes inscrites pour suivre ses « tweets ». La journaliste, elle-même d'origine chrétienne libanaise, s'est vue accuser de partialité dans le conflit du Proche-Orient, et de pencher en faveur d'un mouvement considéré comme pro-iranien et viscéralement anti-israélien.
Journaliste à CNN depuis deux décennies et « senior editor » (rédactrice en chef) chargée du Moyen-Orient, Octavia Nasr a regretté mercredi sur son blog et sur Twitter avoir exprimé cette position et surtout de la manière dont elle l'a fait, connaissant parfaitement le poids des mots dans cette région.
« Une erreur de jugement »
Elle s'explique sur son « respect » pour Fadlallah, rappelant qu'elle l'avait interviewé pour la première fois en 1990, et qu'elle lui reconnaissait une ouverture d'esprit sur les questions liées au statut de la femme dans une société musulmane
Son limogeage est intervenu avec une étonnante rapidité, à la mesure des dégâts d'image pour CNN d'avoir une de ses journalistes soupçonnée d'être pro-Hezbollah. Il est vrai que son compte était intitulé « OctavianasrCNN », et impliquait donc la chaîne d'info continue.
C'est aussi une leçon sur l'impact de ces tout petits messages à 140 caractères maximum qui sont diffusés sur Twitter, mais qui peuvent faire le tour du monde et avoir un puissant impact.
Comment gérer le « personal branding » ?
Depuis l'émergence de Twitter, les médias se posent la question du « personal branding », c'est-à-dire de la montée en puissance de la notoriété individuelle des journalistes actifs sur les réseaux sociaux, à côté, en plus ou même parfois à la place du titre pour lequel ils travaillent.
Les attitudes diffèrent. Le Washington Post a ainsi interdit l'an dernier à ses journalistes de disposer de comptes personnels en soulignant qu'ils risquaient de mettre en cause la « ligne » du journal. D'autres laissent une entière liberté à leurs journalistes tout en leur rappelant qu'ils incarnent aussi leur titre.
A Rue89, il existe un compte Twitter « officiel », tout comme une page Facebook du site, mais aussi des comptes personnels de la plupart des journalistes, qu'ils gèrent comme ils l'entendent.
L'affaire d'Olivia Nasr risque de devenir un cas d'école pour tous ceux qui veulent définir leur politique vis-à-vis des réseaux sociaux et de la place majeure qu'ils prennent dans la circulation de l'information.
A l'annonce, le 4 juillet, de la mort du leader du mouvement islamiste chiite du Liban, considéré aux Etats-Unis et en Europe comme un mouvement terroriste, Octavia Nasr avait écrit sur le site de micro-blogging Twitter :
« Triste d'apprendre la disparition de Mohammad Fadlallah. Un des géant du Hezbollah pour lequel j'avais un grand respect ».
Cette prise de position de la journaliste de CNN a fait scandale, et a fait le tour du Web bien qu'elle n'ait « que » quelque 7 000 à 8 000 « followers », c'est-à-dire de personnes inscrites pour suivre ses « tweets ». La journaliste, elle-même d'origine chrétienne libanaise, s'est vue accuser de partialité dans le conflit du Proche-Orient, et de pencher en faveur d'un mouvement considéré comme pro-iranien et viscéralement anti-israélien.
Journaliste à CNN depuis deux décennies et « senior editor » (rédactrice en chef) chargée du Moyen-Orient, Octavia Nasr a regretté mercredi sur son blog et sur Twitter avoir exprimé cette position et surtout de la manière dont elle l'a fait, connaissant parfaitement le poids des mots dans cette région.
« Une erreur de jugement »
Elle s'explique sur son « respect » pour Fadlallah, rappelant qu'elle l'avait interviewé pour la première fois en 1990, et qu'elle lui reconnaissait une ouverture d'esprit sur les questions liées au statut de la femme dans une société musulmane
Son limogeage est intervenu avec une étonnante rapidité, à la mesure des dégâts d'image pour CNN d'avoir une de ses journalistes soupçonnée d'être pro-Hezbollah. Il est vrai que son compte était intitulé « OctavianasrCNN », et impliquait donc la chaîne d'info continue.
C'est aussi une leçon sur l'impact de ces tout petits messages à 140 caractères maximum qui sont diffusés sur Twitter, mais qui peuvent faire le tour du monde et avoir un puissant impact.
Comment gérer le « personal branding » ?
Depuis l'émergence de Twitter, les médias se posent la question du « personal branding », c'est-à-dire de la montée en puissance de la notoriété individuelle des journalistes actifs sur les réseaux sociaux, à côté, en plus ou même parfois à la place du titre pour lequel ils travaillent.
Les attitudes diffèrent. Le Washington Post a ainsi interdit l'an dernier à ses journalistes de disposer de comptes personnels en soulignant qu'ils risquaient de mettre en cause la « ligne » du journal. D'autres laissent une entière liberté à leurs journalistes tout en leur rappelant qu'ils incarnent aussi leur titre.
A Rue89, il existe un compte Twitter « officiel », tout comme une page Facebook du site, mais aussi des comptes personnels de la plupart des journalistes, qu'ils gèrent comme ils l'entendent.
L'affaire d'Olivia Nasr risque de devenir un cas d'école pour tous ceux qui veulent définir leur politique vis-à-vis des réseaux sociaux et de la place majeure qu'ils prennent dans la circulation de l'information.
dimanche 6 juin 2010
Qui était Rachel Corrie...
Rachel Corrie (10 avril 1979 - 16 mars 2003) était une volontaire américaine, membre du mouvement non-violent[1] international de solidarité (ISM) qui a trouvé la mort dans la bande de Gaza, durant l'Intifada d'Al-Aqsa en étant écrasée par un bulldozer israélien.
Étudiante de 23 ans à Olympia, dans l'État de Washington, Rachel Corrie part pour les territoires occupés et Israël. Elle pénètre dans une zone controlée par l'armée israélienne et elle est écrasée le 16 mars 2003 par un bulldozer Caterpillar D9 de l'armée israélienneà Rafah, bande de Gaza alors qu'elle essaye avec d'autres membres de son organisation d'arrêter pacifiquement la démolition de la maison d'un médecin palestinien.
Selon l'armée israélienne la démolition avait pour but de trouver d'éventuels tunnels servant au transport d'armes provenant d'Égypte.
Des membres d'ISM présents sur les lieux lors des faits, affirment que le conducteur du bulldozer a délibérément tué Rachel en l'écrasant deux fois avec son bulldozer. La jeune femme s'était placée face à l'engin, dans le but de se faire voir par le conducteur et ainsi l'inciter à ne pas poursuivre son chemin vers la démolition. Cette thèse est contestée par l’armée israélienne. Selon son porte-parole, le conducteur de l’engin ne l’aurait pas vue, car selon lui, elle était dans un « angle mort ». La BBC a produit un documentaire intitulé When killing is easy, qui soutient la version selon laquelle Rachel Corrie a été tuée volontairement par l'armée israélienne.
Étudiante de 23 ans à Olympia, dans l'État de Washington, Rachel Corrie part pour les territoires occupés et Israël. Elle pénètre dans une zone controlée par l'armée israélienne et elle est écrasée le 16 mars 2003 par un bulldozer Caterpillar D9 de l'armée israélienneà Rafah, bande de Gaza alors qu'elle essaye avec d'autres membres de son organisation d'arrêter pacifiquement la démolition de la maison d'un médecin palestinien.
Selon l'armée israélienne la démolition avait pour but de trouver d'éventuels tunnels servant au transport d'armes provenant d'Égypte.
Des membres d'ISM présents sur les lieux lors des faits, affirment que le conducteur du bulldozer a délibérément tué Rachel en l'écrasant deux fois avec son bulldozer. La jeune femme s'était placée face à l'engin, dans le but de se faire voir par le conducteur et ainsi l'inciter à ne pas poursuivre son chemin vers la démolition. Cette thèse est contestée par l’armée israélienne. Selon son porte-parole, le conducteur de l’engin ne l’aurait pas vue, car selon lui, elle était dans un « angle mort ». La BBC a produit un documentaire intitulé When killing is easy, qui soutient la version selon laquelle Rachel Corrie a été tuée volontairement par l'armée israélienne.
samedi 5 juin 2010
A FERHAT MEHENNI
Je suis Kabyle, et fiers de mon Algérianité, Je suis berbére, et conscient des sacrifices que nos parents ont consentits pour que ma patrie l'Algérie ne soit pas celle des traitres et des imbéciles, Je suis Kabyle, mon sang tire son origine des montages de l'atlas au fiers cimes de l'ahaggar, chaque parcelle de cette noble patrie fait partie de mon corps, et les fiers enfants de la Kabylie sont morts pour que vive l'Algérie, toute l'algérie, pas la Kabylie dont phantasme notre barazani national, nous ne sommes pas des Kurdes, nous sommes la partie d'un peuple riche de sa diversité, fiers de son brassage, parler d'automonie kabyle, c'est guethoiser une région, le propre des incultes et des sous develloppés a la botte de l'occident. Personne, ni toi, néo bachagha, ni autre idiot de ton rang ne pourront m'isoler de mon pays, ni toi, ni ceux qui sonspirent comme des rats dans leurs trous nauséabond ne pourront faire de ma région un timor, espece de scelerat, Est ce le combat des Amirouche, Abbane, Krim, Abbas...
Souvient toi, Mehenni, que la qualification de l'algérie au mondiale fut fétée chez nous comme partout ailleur en Algérie, et si tu réve d'une provence séparatiste, vas voir du coté du sud soudan, nous ne sommes pas des dinkas,La Kabylie n'est ni le katangua, ni le biafra, l'Algérie n'est pasle Yemen, ni encore moins l'ex Irak que tes commanditaires ont dementelés avec brio, et essaye de voir que ceux qui te manipulent ont réaalisés une union qui vas de la baltique à la méditéranée, en camptant sur des traitres de ton espece pour nous affaiblir et nous casser...mais nous ne plieront pas, vive l'algérie, gloire aux vrais martyrs, honneur aux illustres Aguellids...
MAPALIA MASTANABAL, ALGERIEN AVANT TOUT, KABYLE SURTOUT, ET MUSULMAN PARTOUT
Souvient toi, Mehenni, que la qualification de l'algérie au mondiale fut fétée chez nous comme partout ailleur en Algérie, et si tu réve d'une provence séparatiste, vas voir du coté du sud soudan, nous ne sommes pas des dinkas,La Kabylie n'est ni le katangua, ni le biafra, l'Algérie n'est pasle Yemen, ni encore moins l'ex Irak que tes commanditaires ont dementelés avec brio, et essaye de voir que ceux qui te manipulent ont réaalisés une union qui vas de la baltique à la méditéranée, en camptant sur des traitres de ton espece pour nous affaiblir et nous casser...mais nous ne plieront pas, vive l'algérie, gloire aux vrais martyrs, honneur aux illustres Aguellids...
MAPALIA MASTANABAL, ALGERIEN AVANT TOUT, KABYLE SURTOUT, ET MUSULMAN PARTOUT
jeudi 3 juin 2010
dimanche 25 avril 2010
A Mer OBAMA
22/04/2010
L’organisation du droit de retour des réfugiés palestiniens « Thabet » a refusé les déclarations injustes du président américain, Barak Obama, parues dans le message de félicitation envoyé au gouvernement de l’occupation israélienne à l’occasion de la 62ème Nakba des Palestiniens (le jour de la création de l’entité sioniste).
Obama a commis une grande bêtise inacceptable en considérant que la Palestine est une terre historique au peuple juif.
Lors d’un communiqué envoyé au centre palestinien d’information, l’organisation a qualifié les déclarations d’Obama de tromperie historique, similaires aux déclarations de son adjoint Joseph Biden qui a rendu visite à la région, le 11/3/2010, en qualifiant "Israël" d’une expérience merveilleuse dans une région déserte et morte.
En qualifiant les déclarations d’Obama d’un soutien gratuit et aveugle aux crimes et violations de l’occupation israélienne, Thabet a confirmé que la Palestine va rester toujours pour les Palestiniens autochtones et non aux étrangers sionistes qui ont occupé volé et usurpé ses territoires à l’aide du soutien des pays puissants complices qui ont participé à la tragédie du peuple palestinien qui dure depuis 62 ans.
L’organisation qui s’occupe des réfugiés palestiniens a fait rappeler Obama que « La Palestine n’était jamais pour le peuple juif, et elle restera la terre du lait et du miel, qui avait durant l’histoire combattu les envahisseurs comme les Romains, les croisés et les sionistes, en soulignant que la Palestine fait partie de la civilisation arabe et musulmane qui a enseigné l’occident sur le commerce, les mathématiques, l’architecture, l’électricité, les arts, les cultes et l’artisanat et que les palestiniens ont œuvré pour les développer durant des siècles, notamment après le transfert de ces sciences en Europe qui s’est enveloppée dans l’obscurité de l’ignorance et l’intolérance pendant des décennies".
L’organisation a appelé dans son communiqué toutes les organisations et institutions palestiniennes locales, régionales, mondiales à commémorer le 62ème anniversaire de l’occupation de la Palestine (la Nakba), à travers des festivals, des sit-in, des séminaires, des conférences, et diverses activités dans les camps et les communautés des réfugiés palestiniens au monde, ainsi que la célébration des bannières condamnant l’occupation et exigeant le retour des réfugiés à leurs foyers, terres et maisons d’où ils ont été expulsés en 1948, en s’attachant à ce droit légitime approuvé par les conventions et les lois internationales, en soulignant qu’il est un droit inaliénable qui ne tombe pas par ancienneté, tout en appelant à ne pas faire attention aux déclarations du président des États-Unis qui renoncent aux droits palestiniens, notamment le droit de retour".
http://www.palestine-info.cc/fr/default.aspx
L’organisation du droit de retour des réfugiés palestiniens « Thabet » a refusé les déclarations injustes du président américain, Barak Obama, parues dans le message de félicitation envoyé au gouvernement de l’occupation israélienne à l’occasion de la 62ème Nakba des Palestiniens (le jour de la création de l’entité sioniste).
Obama a commis une grande bêtise inacceptable en considérant que la Palestine est une terre historique au peuple juif.
Lors d’un communiqué envoyé au centre palestinien d’information, l’organisation a qualifié les déclarations d’Obama de tromperie historique, similaires aux déclarations de son adjoint Joseph Biden qui a rendu visite à la région, le 11/3/2010, en qualifiant "Israël" d’une expérience merveilleuse dans une région déserte et morte.
En qualifiant les déclarations d’Obama d’un soutien gratuit et aveugle aux crimes et violations de l’occupation israélienne, Thabet a confirmé que la Palestine va rester toujours pour les Palestiniens autochtones et non aux étrangers sionistes qui ont occupé volé et usurpé ses territoires à l’aide du soutien des pays puissants complices qui ont participé à la tragédie du peuple palestinien qui dure depuis 62 ans.
L’organisation qui s’occupe des réfugiés palestiniens a fait rappeler Obama que « La Palestine n’était jamais pour le peuple juif, et elle restera la terre du lait et du miel, qui avait durant l’histoire combattu les envahisseurs comme les Romains, les croisés et les sionistes, en soulignant que la Palestine fait partie de la civilisation arabe et musulmane qui a enseigné l’occident sur le commerce, les mathématiques, l’architecture, l’électricité, les arts, les cultes et l’artisanat et que les palestiniens ont œuvré pour les développer durant des siècles, notamment après le transfert de ces sciences en Europe qui s’est enveloppée dans l’obscurité de l’ignorance et l’intolérance pendant des décennies".
L’organisation a appelé dans son communiqué toutes les organisations et institutions palestiniennes locales, régionales, mondiales à commémorer le 62ème anniversaire de l’occupation de la Palestine (la Nakba), à travers des festivals, des sit-in, des séminaires, des conférences, et diverses activités dans les camps et les communautés des réfugiés palestiniens au monde, ainsi que la célébration des bannières condamnant l’occupation et exigeant le retour des réfugiés à leurs foyers, terres et maisons d’où ils ont été expulsés en 1948, en s’attachant à ce droit légitime approuvé par les conventions et les lois internationales, en soulignant qu’il est un droit inaliénable qui ne tombe pas par ancienneté, tout en appelant à ne pas faire attention aux déclarations du président des États-Unis qui renoncent aux droits palestiniens, notamment le droit de retour".
http://www.palestine-info.cc/fr/default.aspx
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