Irak: Tony Blair justifie l'entrée en guerre de Londres en 2003
L'ancien Premier ministre Tony Blair a témoigné vendredi à Londres pendant six heures devant la commission d'enquête britannique sur la guerre en Irak, en justifiant sa décision controversée d'entrer dans le conflit avec les Etats-Unis en 2003. Dans le monde de l'après 11-Septembre 2001, on ne pouvait pas, selon lui, "prendre le moindre risque".
Cette commission d'enquête indépendante a été créée par le gouvernement de Gordon Brown qui a succédé à Tony Blair en juin 2007. Elle n'est pas chargée d'établir de responsabilités pénale ou civile pour les erreurs commises dans ce conflit par les divers responsables britanniques qui ont affirmé, à tort, que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive et renforçait ses liens avec Al-Qaïda.
Entré par une porte dérobée pour échapper aux manifestants qui l'attendaient devant le centre de conférences où s'est déroulée l'audition, Tony Blair a souligné qu'il ne regrettait rien à sa décision. Très impopulaire en Grande-Bretagne où elle a suscité d'immenses manifestations, la guerre en Irak a fait 179 morts au sein du contingent britannique, qui s'est retiré en 2009.
Avant les attentats du 11 septembre 2001, Tony Blair considérait déjà l'ancien président irakien Saddam Hussein comme une "menace", un "monstre". Et les attentats, a-t-il ajouté, ont changé le monde. Si leurs auteurs "inspirés par le fanatisme religieux avaient pu tuer 30.000 personnes, ils l'auraient fait". Après cela, "mon opinion était qu'on ne pouvait prendre le moindre risque".
"La décision que j'ai prise, et que franchement je prendrais de nouveau, était que s'il y avait la moindre possibilité qu'il puisse développer (un programme d')armes de destruction massive, nous devions l'en empêcher", a-t-il témoigné. Cet arsenal était en définitive inexistant. Mais, a réaffirmé Tony Blair, "telle était alors mon opinion, et c'est toujours la même aujourd'hui". Le monde est selon lui "plus sûr" sans Saddam Hussein.
M. Blair a nié avoir conclu un accord "secret" avec George W. Bush en 2002 pour entrer en guerre en cas d'échec de la diplomatie. Selon divers témoins qui ont déposé auparavant devant la commission d'enquête, dont l'ancien ambassadeur britannique à Washington Christopher Meyer, cet accord a été scellé lors d'un tête-à-tête entre Tony Blair et George W. Bush dans son ranch texan de Crawford, en avril 2002, 11 mois avant l'invasion de l'Irak en mars 2003.
"Le seul engagement que j'ai pris, et très ouvertement alors, était qu'il fallait s'occuper de Saddam Hussein", a déclaré Tony Blair. L'option militaire a été évoquée, a-t-il poursuivi. Mais il assure avoir déclaré à George W. Bush que toutes les voies diplomatiques devaient être épuisées avant d'envisager une guerre contre l'Irak.
S'il n'a pas manifesté de regrets, Tony Blair a reconnu que des erreurs ont été commises. Les planificateurs, a-t-il expliqué, pensaient que les principaux problèmes après le conflit porteraient sur les besoins humanitaires, les conséquences de l'utilisation de l'arme chimique et la défense des champs pétrolifères. Les occupants, en fait, ont été confrontés à la ruine des infrastructures et une insurrection sanglante, problèmes qui "n'ont pas été prévus", a-t-il dit.
Des familles des soldats tués en Irak figuraient parmi les membres du public dans la salle. Rose Gentle, dont le fils de 19 ans a été tué en 2004, a déclaré que la présence de Tony Blair la rendait "malade". A la fin de l'audition, des membres du public ont hurlé "vous êtes un menteur" et "un assassin".
A l'extérieur, devant le centre de conférence sous protection policière, quelque 150 manifestants ont lu les noms de civils et militaires tués en Irak, et scandé des slogans hostiles à l'ancien Premier ministre. "En prison", "Blair a menti, des milliers sont morts", pouvait-on entendre notamment. Des manifestants, derrière de faux barreaux de prison, arboraient un masque à l'effigie de Tony Blair et brandissaient leur mains barbouillées de peinture rouge.
"Je trouve extraordinaire qu'un homme qui a vu un demi-million de gens manifester devant son bureau puisse aller à la guerre sans autre justification que penser qu'il faisait le bon choix. Tous les criminels de guerre ont dit la même chose", a commenté l'acteur britannique Samuel West, sympathisant du mouvement "Campagne pour arrêter la guerre
vendredi 29 janvier 2010
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