jeudi 23 décembre 2010

Vérités et non dits

Nous devons évidemment tous supporter WikiLeaks et son fondateur et porte-parole Julian Assange qui, dans cette sale guerre menée dans le monde entier par des États contre la transparence et la franchise, vient d’être arrêté en Grande-Bretagne.

Mais, dans le monde de la politique, les choses ne sont malheureusement jamais aussi innocentes qu’elles n’y paraissent. Selon de nouvelles révélations, avant le dernier « câble gate » Assange auraient conclu avec Israël un accord qui pourrait expliquer pourquoi, d’après le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, les fuites « étaient bonnes pour Israël ».

Quelques commentateurs, en particulier en Turquie et Russie, se demandent pourquoi les centaines de milliers de documents confidentiels divulgués par le site le mois dernier ne contiennent rien qui puisse embarrasser le gouvernement israélien, comme à peu près tous les autres États auxquels se réfèrent les documents.

La réponse semble être un accord secret, conclu entre le « cœur et âme » de Wikileaks, tel que s’est humblement décrit une fois Assange lui-même (1), et des responsables israéliens, qui assurait que tous ces documents seraient « enlevés » avant de rendre public les autres.

Selon un site Internet arabe de journalisme d’investigation (2), Al-Haqiqa ( la vérité), Assange a reçu de l’argent de sources israéliennes semi-officielles, et, lors d’un arrangement secret enregistré sur vidéo, leur a promis de ne publier aucun document pouvant nuire à la sécurité ou aux intérêts diplomatiques d’Israël.

Selon les sources de l’article d’Al-Haqiqa, dans les tout derniers mois, devant le « leadership autocratique » et le « manque de transparence » d’Assange, d’anciens volontaires de Wikileaks ont quitté l’organisation.

Lors d’une interview récente accordée au quotidien allemand Die Tageszeitung, l’ancien porte-parole de Wikileaks Daniel Domscheit-Berg a déclaré que lui et d’autres dissidents de Wikileaks s’apprêtent à lancer leur propre tribune de divulgation pour réaliser l’objectif initial de Wikileaks, de partage de fichiers sans limites. (3)

M. Domscheit-Berg, qui est sur le point de publier un livre sur sa vie « à l’intérieur de Wikileaks, » accuse Assange d’agir comme un « roi, » contre la volonté des autres membres, en passant avec des organismes médiatiques des accords qui visent à créer un effet explosif, dont les autres de Wikileaks ne savent pratiquement rien ou rien du tout. (4)

Par ailleurs, les initiés ajoutent que le vif intérêt d’Assange envers les scoops à gros titres signifie que Wikileaks n’est pas en mesure de se « restructurer » pour s’occuper de nouveaux intérêts particuliers. C’est-à-dire que de petites fuites pouvant avoir de l’intérêt pour des gens à un niveau local, sont actuellement négligées par égard aux grosses affaires. (5)

Selon les sources d’Al-Haqiqa, Assange a rencontré des responsables israéliens à Genève plus tôt cette année et a conclu le pacte secret. Le gouvernement d’Israël a semble-t-il en quelque sorte découvert ou s’attendait à ce que soient ébruités un grand nombre de documents concernant les attaques israéliennes au Liban et à Gaza, respectivement en 2006 et 2008-9. Les sources ont ajouté que ces documents, qui provenaient dit-on principalement des ambassades américaines de Tel-Aviv et Beyrouth, auraient été retirés et possiblement détruits par Assange, la seule personne connaissant le mot de passe permettant de les ouvrir.

Effectivement, les documents publiés semblent comporter un « vide », portant sur la période de juillet à septembre 2006, durant laquelle ont eu lieu les 33 jours de guerre au Liban.

Est-il possible que, passant seulement leur temps à « jacasser » sur pratiquement toutes les autres questions moyen-orientales sans intérêt, les diplomates et responsables zuniens (américains) n’aient échangé aucun commentaire ou information sur cet événement crucial ?

À la suite de la fuite (et même avant), le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré dans une conférence de presse qu’Israël avait « pris les devants » pour limiter les dommages causés par les fuites, ajoutant qu’« aucun document israélien confidentiel n’a été révélé par Wikileaks. » (6) À la même époque, lors d’une interview pour Time Magazine, présentant Netanyahu comme un héros de transparence et d’ouverture, Assange a fait son éloge ! (7)

Selon un autre article (8), un journal libanais de tendance gauche a rencontré deux fois Assange. Lui offrant « une grosse somme d’argent », il a tenté de négocier un marché avec lui pour se procurer des documents relatifs à la guerre de 2006, en particulier le procès-verbal d’une réunion tenue à l’ambassade zunienne de Beyrouth le 24 juillet 2006. Cette réunion est largement considérée comme un « conseil de guerre » entre les parties israéliennes, zuniennes et libanaises qui ont joué un rôle dans la guerre contre le Hezbollah et ses alliés.

Pourtant, les sources confirment que les documents reçus par les journalistes d’Al-Akhbar, concernant chaque jour de 2008 et d’après, ne contiennent rien de valeur. Tout cela ne fait qu’étayer les allégations d’un accord avec Israël.

Pour finir, il pourrait être utile de souligner qu’Assange a pu faire ce qu’il dit avoir fait pour se protéger et assurer la divulgation des documents de manière à dénoncer l’hypocrisie zunienne, dont il se dit obsédé, « aux dépens d’objectifs plus fondamentaux.

vendredi 3 décembre 2010

Haro sur Assange

Des internautes ont retrouvé sur le web les archives du journal intime virtuel de Julian Assange.

Sur internet, rien ne disparaît jamais vraiment. Julian Assange, le fondateur du site controversé WikiLeaks, en fait lui-même l'expérience. Un site américain vient de publier les archives du journal intime virtuel qu'il a tenu entre juin 2006 et août 2007. Patrice Thomas, journaliste à Europe 1, en a traduit des extraits sur son blog.

Sur IQ.org, pour Interesting questions (questions intéressantes), les internautes découvrent d'abord toutes les coordonnées de Julian Assange. Numéros de téléphone, adresses mail et postale, compte Skype, tout est détaillé. On peut aussi admirer une photo d'Assange, enfant, avec un joli bonnet rose.

"Les fuites provoquent la paranoïa"
Mais ce qui intéresse le plus les internautes, c'est l'état d'esprit de Julian Assange. Le 31 décembre 2006, quelques jours après avoir créé son désormais célèbre site, le militant australien livre sa théorie sur les fuites : "Plus une organisation est secrète ou injuste, plus les fuites provoquent la peur et la paranoïa dans son leadership (...) la révélation de secrets dans un système injuste le rend vulnérable face à ceux qui cherchent à établir un système avec une gouvernance plus ouverte (...) Seule une injustice révélée peut être combattue. Un homme qui ne sait rien ne peut pas agir."

Quelques mois auparavant, Julian Assange méditait sur le pouvoir des mots et de la censure : "Quand les mots ont le pouvoir de changer, l’état s’efforce de les brûler ou de les effacer, si forte est la crainte du pouvoir des mots."

Assange plagieur
Son tout premier billet, écrit le 8 juin 2006, s'intitule "L'histoire de la guerre". Mais comme le relève Patrice Thomas, il ne s'agit que d'un plagiat de l'auteur britannique Douglas Adams, dans The Hitch-Hiker's Guide to Galaxy. Julian Assange cite par ailleurs Emile Zola ou encore un auteur révolutionnaire anarchiste allemand.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la personnalité d'Assange, le jeune homme ne livre que peu de choses. On apprend ainsi qu'il se sent proche des surdoués. "Newton a payé le prix d’être d’une intelligence suprême (…) incapable d’avoir des amis, de connaître l’amour, la paternité, et beaucoup d’autres choses désirables. Comme homme c’était un l’échec, comme monstre, il était superbe", écrit-il, note Patrice Thomas.

Des pratiques originales...
Enfin, Julian Assange révèle quelques penchants qui pourraient prêter à sourire. Il décrit ainsi comment il se frottait le cou et les épaules avec du café pour séduire une jeune femme qui était accro à la boisson. L'Australien développe également une théorie sur "l'envie de faire pipi".

Le prix de la vérité

Recherché, le fondateur du site a répondu aux questions des internautes sur le site du Guardian.

Sous mandat d’arrêt international, Julian Assange, le fondateur du site Wikileaks, est sorti de son silence vendredi après-midi. Celui qui ne s’était pas exprimé publiquement depuis les dernières révélations de son site a participé à un chat organisé par le site du quotidien britannique The Guardian . L’occasion pour lui de faire part des “menaces de mort“ qui lui ont été adressées, alors qu'il réside dans un lieu tenu secret.

"Les menaces de mort à notre encontre sont de notoriété publique. Mais nous prenons les précautions adéquates dans la limite de ce que nous sommes capables de faire face à une super puissance", a confié Julian Assange, répondant à la question d’un internaute.

Des archives réparties entre 100.000 personnes
Interrogé sur le risque que son site disparaisse, et les documents confidentiels accumulés avec, Julian Assange s’est voulu rassurant : “Nos archives de documents diplomatiques ont été disséminées vers 100.000 personnes sous forme de dossiers cryptés, tout comme d’importants documents provenant des Etats-Unis et d’autres pays“, a-t-il précisé.

“S’il devait nous arriver quelque chose, les clés de cryptage seraient automatiquement délivrées“ à ces 100.000 personnes, a-t-il ajouté. L’homme à l’origine de fuites massives de documents diplomatiques a aussi été interrogé sur sa stratégie médiatique, les conséquences de ses révélations pour les pays concernés, ou encore sur des documents secrets portant sur les ovnis.

Des attaques cybernétiques contre Wikileaks
Victime de nouvelles cyber-attaques, le site WikiLeaks a trouvé refuge vendredi en Suisse alors que Washington cherche à stopper ces fuites. L'avocat londonien de WikiLeaks, Mark Stephens, a déclaré vendredi que "quelqu'un, probablement un acteur étatique, a pris le contrôle de centaines de milliers d'ordinateurs vulnérables dans le monde, et les fait tous se connecter simultanément" au site afin de le mettre en panne.

Selon lui, ces tentatives "sophistiquées" font partie d'un plan plus général visant à réduire au silence son fondateur, Julian Assange.

La Suède le recherche à nouveau
Julian Assange est par ailleurs recherché par la Suède et visé par un mandat d'arrêt d'Interpol dans le cadre d'une enquête pour "viol et agression sexuelle" en 2008 en Suède.

L'Australien de 39 ans se trouverait selon plusieurs médias britanniques en Angleterre. Selon son avocat, qui ne confirme pas cette information, la police britannique et les autorités suédoises ont les moyens de le joindre depuis plusieurs semaines.